Diplomate de carrière depuis une vingtaine d’année, l’Ambassadeur Empole, en poste à Genève, en Suisse, aborde au cours de cette interview plusieurs questions de la vie socio-politique RD Congolaise. Dans la suite du Haut-Commissaire de Nations Unies aux droits de l’homme en visite en RDC, Volker Türk, le Diplomate congolais préconise la paix comme gage de la sauvegarde et du respect des droits fondamentaux de citoyens congolais. Au local, comme à l’international, la fonction publique demeure une aubaine pour se mettre en évidence et hisser plus haut le drapeau de notre chère patrie. C’est ainsi qu’il (Ambassadeur Empole) encourage le gouvernement du pays à donner plus de moyens aux structures existant  pour servir de courroie de transmission de l’information relative aux opportunités d’emploi à l’international entre la fonction publique internationale et les jeunes congolais intéressés. Etant en poste à Genève, en Suisse, le Diplomate congolais convie les Congolais à répondre nombreux au Congo-Swiss Business day qui se tiendra pour la première fois en Suisse.

Congodiplomatie Magazine : Excellence Monsieur l’Ambassadeur, merci d’avoir accepté de répondre aux questions du magazine Congodiplomatie.                                                                          

Excellence!  Vous aviez accompagné le Haut-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme lors de sa visite officielle en RDC, auprès des Responsables des institutions congolaises à Kinshasa. Pouvez-vous nous parler de l’objet de sa visite ?

Ambassadeur Paul Empole : Merci d’être venu vers moi pour parler de cette visite du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. De prime abord, j’aimerai préciser que le Haut-Commissaire est venu en RDC sur invitation du Chef de l’Etat Félix Tshisekedi. C’est en 2022 que, lorsque le Président de la République était venu participer à la 52ème Assemblée du Conseil de droits de l’homme des Nations Unies, il a eu des entretiens avec le Haut-Commissaire à l’issue  desquels il lui a remis l’invitation pour venir en RDC. En réponse à cette invitation, le Haut-Commissaire est venu exprimer sa solidarité vis-à-vis du peuple congolais à cause de la situation qui est connue de tous à l’Est du pays où sévissent  les violations du droit de l’homme et du droit international humanitaire.

Il va falloir dire que sans la paix, aucun droit ne peut être respecté. Le Haut-Commissaire est venu palper du doigt cette situation de droits de l’homme. C’est pour cette raison qu’il n’est pas resté à Kinshasa, il était en Ituri et au Nord Kivu où je l’ai accompagné, et là, il a eu des entretiens avec les autorités du pays et les déplacés, la société civile et les parties prenantes sur la situation des déplacés. Et tous lui ont démontré la situation d’insécurité imposée par le Rwanda sur le territoire de la RDC. Cette situation leur a tout privé, et ils ont perdu leur avenir. En retour, le Haut-Commissaire a promis de défendre les intérêts de la population de l’Ituri et du nord Kivu partout où il faudra le faire.

Cette visite a le mérite de permettre au Haut- Commissaire de voir la précarité et la misère que vit la population de l’Est de la République Démocratique du Congo. On peut dire que les conséquences sont les mêmes que ce soit dans l’Ituri où il y a des affrontements intercommunautaires, soit dans le Nord Kivu où le M23 combat aux côtés de l’armée rwandaise. Ces populations vivent la privation, la déchéance humaine, la non-scolarisation des enfants, l’enrôlement des enfants dans les groupes armés, l’arrivée tardive de l’assistance humanitaire et de façon sporadique. Ces populations ne veulent qu’une seule chose : rentrer chez eux.

CD : Vous êtes Ambassadeur de la RDC à Genève. On sait comment ça fonctionne. Qu’est-ce que l’on peut attendre de cette énième visite d’un haut cadre des Nations Unies parce que autre fois c’était encore des hauts responsables internationaux qui ont fait le déplacement dans la partie orientale de la RDC ?

P.E : C’est vrai que ce n’est pas la première fois de recevoir une autorité des Nations Unies et ce ne sera plus la dernière fois de recevoir un haut fonctionnaire des Nations Unies que ce soit en situation de paix ou de guerre. Le Haut-Commissaire de Nations Unies aux droits de l’homme est le haut placé en matière de suivi de respect des droits de l’homme. C’est le porte-parole important par rapport à la situation de droits de l’homme. En venant en RDC, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme avait une certaine vision, mais en partant de la RDC, son discours a complètement changé parce qu’il a vu que la situation catastrophique que vit la population de l’est de la RDC  était réelle.

Il a compris l’humiliation, la déchéance humaine mais aussi que l’agression est une réalité et non une invention. C’est ainsi qu’il a dit au jour de son départ de la RDC que le Rwanda cesse tout soutien au M23 et arrête son agression vis-à-vis de la RDC. Il a promis de faire ce message même auprès du Secrétaire général des Nations Unies et de tous les partenaires. Il a réuni des Ambassadeurs ici à Kinshasa le jour où on est rentré de la visite de l’Est pour les briefer sur ce qu’il a vu à l’Est de la RDC. Il soutient notre dénonciation, ce que le Président de la République et la population ont toujours dit sur les M23 qui violent systématiquement les droits de citoyens à l’Est de la RDC. Cette situation doit cesser afin de nous permettre de punir les responsables de cette tragédie et faire justice aux victimes en leur accordant une réparation adéquate : ainsi tout acteur impliqué dans ces crimes graves devra affronter la justice.

CD : Dans ses interventions, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit préoccupé par la décision des autorités de la RDC de rétablir la peine de mort. Que pensez-vous de cette expression ?

P.E : Il convient de préciser que l’on veut restaurer la peine  de mort. C’est son exécution qui était suspendue par un moratoire. Je peux emprunter les termes utilisés par le Vice-Premier Ministre Christophe Lutundula qui parle du moratoire de moratoire de la peine de mort. On a donc suspendu ce moratoire sur l’exécution de la peine de mort comme le Président l’a dit que  cette peine est exécutée dans un cadre bien précis. Point n’est besoin de vilipender le contexte de cette décision.  Cette peine de mort n’est pas pour les hommes politiques,  mais plutôt pour les militaires traitres qui trahissent l’armée de la RDC et les hommes en uniforme qui se battent jour et nuit pour défendre l’intégrité du territoire national et les populations congolaises. Il faut noter qu’au sein de nos forces armées, il y a des gens qui trahissent leurs frères d’armes et vendent les armes. Ce qui tarde la victoire définitive sur les ennemis de la RDC. Ces trahisons nous coutent cher en hommes, en armes et en dons. C’est ce contexte qui justifie la suspension du moratoire de l’exécution de la peine de mort et comme le Chef de l’Etat l’a si bien expliqué au Haut-Commissaire. C’est une mesure prise pour protéger nos populations. C’est ce qui traduit l’attachement du gouvernement à cette population qu’il ne peut pas abandonner. Que ce soit dans le cadre de l’état de siège, c’est le genre de mesures que l’on prend pour protéger les populations. Ces mesures sont encore adoptées dans le contexte  de protection des droits de l’homme. Comme défenseur des droits de l’homme, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme ne peut qu’aller dans le sens d’abandon de la peine de mort parce qu’il est abolitionniste. Mais le contexte actuel de la RDC ne permet pas d’aller vers l’abolition de la peine de mort. Si la paix revient, il n’y aura pas toutes ces situations de moratoire. On peut bien comprendre la position du Haut-Commissaire des Nations Unies  aux droits de l’homme qui n’a pas parlé du retour de la peine de mort qui n’avait jamais été levée. Elle était simplement suspendue. Elle ne sera pas appliquée dans tous les cas sauf pour les cas de militaires comme décrit ci-haut. Même eux-militaires, ils disposent des voies de recours qu’ils pourront exercer à deux niveaux : le premier recours est juridictionnel et le second concerne la grâce présidentielle. Donc la peine de mort est une situation bien encadrée

CD : La Mission permanente de la RDC à Genève veille à la promotion des intérêts socio-économiques et politiques de la RDC. La Chambre de commerce Suisse-RDC organise pour la première fois, le Congo

Swiss Business Day en Suisse. Quel est votre regard sur cette 4e édition qui se tiendra en Suisse ?

P.E : Je suis personnellement heureux que l’on ait enfin Congo-Suisse Business day qui va se tenir en Suisse. Lors de trois premières éditions, nous y étions et je suis venu ici pour deux éditions. On s’était entendu qu’une édition se tienne par les congolais et là je suis heureux que ça ait lieu cette année. Deuxièmement, j’ai remarqué que Congo-Suisse business day se tient à la veille de leur indépendance de la Confédération de la Suisse. Et nous saluons, pour cette édition, que ça se passe dans le même contexte de l’indépendance de la République Démocratique du Congo. Nous avons suggéré avec l’Ambassadeur Mutombo BakaFua senda, Ambassadeur de la RDC auprès de la Confédération helvétique, que nous organisions la quinzaine congolaise pour plus de visibilité sur la situation de la RDC. Nous avons inséré Congo-Suisse business day dans le cadre de la célébration de l’indépendance de la RDC. A cet effet, nous tiendrons des activités culturelles, celles politiques, celles économiques et les conférences dans le cadre de la célébration de l’indépendance de la RDC. Ces activités iront du 15 juin au 01 juillet, dernier jour consacré à la réception. Pour sa réussite, des dispositions ont été prises pour avoir la représentation au niveau international en Suisse : il y aura des activités à Berne et à Genève. On va commencer par une activité culturelle de musique avec l’artiste congolais Ferre Gola. Ensuite le 15 juillet, il y aura aussi un match de football des congolais. Ainsi le 26, 27, 28, 29 juin, il y aura des activités en faveur de cette célébration. Nous finirons par une conférence humanitaire et une réception le 01 juillet. C’est dans cette quinzaine que se déroulera la série des activités. Nous encourageons beaucoup de congolais à participer à cette activité qui n’a pas seulement le caractère festif mais aussi humanitaire, culturel dans toute sa diversité en termes de culture, d’économie, de situation sécuritaire et politique et autre. C’est ainsi que nous allons présenter la RDC au niveau de la Confédération suisse avec tous les partenaires, et ce avec le concours de tous les orateurs qui seront venus de Kinshasa et nous-mêmes qui serons sur place en Suisse ou d’ailleurs. C’est pourquoi nous cherchons tous les moyens idoines pour matérialiser cette vision.

CD : Vous contribuez à solidifier la coopération entre la RDC et les autres Etats membres, ainsi que les

Institutions du système des Nations-Unies. Quels sont les mécanismes mis en place par la Mission

permanente de la RDC, sous votre autorité, pour promouvoir les emplois aux Congolais désireux

travailler dans les grandes institutions internationales établies à Genève ?

P.E : Merci beaucoup pour cette question sur la fonction publique internationale. Il convient d’abord d’inciter les congolais à savoir qu’il y a une fonction publique internationale. Cela d’autant plus que certains congolais ne savent pas qu’elle existe. C’est pour cela que nous devons vulgariser la fonction publique internationale et ensuite susciter chez les congolais un intérêt à pouvoir appliquer ou postuler à des postes de la fonction publique internationale. A ce sujet, j’ai échangé avec le secrétaire aux Affaires étrangères pour voir ce que l’on peut faire au niveau de l’académie diplomatique en organisant des sessions de formations centrées sur cette perspective. A ce point, on va montrer aux jeunes congolais de l’intérêt qu’il y a dans la fonction publique internationale et comment y appliquer. Il sied de noter qu’au niveau de la fonction publique internationale, il y a trois catégories de postes : il y a des postes à nomination. A ces postes, c’est le Secrétaire général des Nations Unies qui nomme souvent. Nous avons souvent été bénéficiaires de cette position. C’est le cas d’une compatriote qui a été nommée au comité de lutte contre la torture et traitements inhumains du Conseil des droits de l’homme. Pour la nomination de cette compatriote, nous avons soutenu sa candidature en expliquant aux autorités le bienfondé de cette candidature. C’est ainsi qu’en octobre de l’année dernière le Secrétaire général des Nations Unies a nommé cette compatriote et cette dernière a commencé son travail en janvier 2024. Comme le conseil se réunit au mois de mars, j’ai été l’encourager comme cela était sa première participation aux travaux du conseil. La deuxième catégorie concerne les postes à élection : ce sont des postes ouverts. A ce sujet, on demande aux Etats de postuler. Concernant cette catégorie de postes, nous avons un cas où j’ai eu personnellement à contribuer pour l’élection d’un compatriote qui a opéré comme fonctionnaire au Comité opérationnel des droits de l’homme. Nous avons participé à sa campagne jusqu’à son élection qui n’était pas facile. C’est un professeur de l’Université de Kinshasa, ça fait notre fierté aujourd’hui. Car il siège. Voilà pourquoi nous encourageons les autres à faire la même chose. Enfin, la troisième catégorie de postes concerne les postes à application. A ce niveau, les offres sont disponibles sur le site internet de l’organisation, vous entrez dans le système et vous postulez. Si votre profil correspond à celui exigé pour le poste, vous allez alors passer aux étapes différentes de sélection : interviews ou autres tests. C’est pour cela que nous encourageons les jeunes à postuler et à mettre les atouts de leurs côtés en maitrisant au moins deux langues internationales utilisées par les Nations Unies. On le sait bien que la première langue est l’anglais suivi de l’espagnol sans oublier les connaissances en informatique qui sont d’une importance capitale. Nous serons très heureux de voir les jeunes postuler à l’une de ces trois catégories de postes à Genève.

Au plan local, il faudra définir une bonne politique en suivant les mécanismes qui sont très bien connus. Au sein de la direction des organisations internationales aux Affaires étrangères, il y a une division de la fonction publique internationale. Mais cette division n’est pas bien connue alors que c’est elle qui doit avoir une base de données pour répercuter les offres qui sont disponibles dans la fonction publique internationale. Elle doit publier les appels d’offres pour donner une bonne information. Généralement on n’en est pas informé et surtout que le temps de soumission de candidatures est très court. D’où l’importance de donner plus de visibilité à cette division et renforcer les compétences de jeunes pour être en mesure de s’intéresser à la fonction publique internationale. Ceci vaut autant pour nos universités qui doivent apprendre et inciter les jeunes à aspirer à la fonction publique internationale. C’est bon pour le pays, car les compatriotes qui travaillent dans la fonction publique internationale contribuent pour le pays.

CD : Excellence! Je ne saurais terminer cet entretien sans vous demander de nous parler de vous : Votre parcours académique et professionnel !

P.E : C’est une question délicate, car j’aime souvent que les gens parlent de moi plutôt que moi-même ! Je suis né en RDC et ai fait mes études au pays en commençant de l’école primaire aux études supérieures, aussi le troisième cycle. Je fus chef des travaux et fonctionnaires aux Affaires étrangères. Je suis diplomate de carrière depuis 25 ans. Avant d’être ici à Genève, j’étais en poste à New York comme Ambassadeur. Je fais ma carrière aux Affaires étrangères à la Direction des Organisations internationales.

CD : Souhaitez-vous évoquer un autre sujet ou émettre un souhait pour l’avenir ?

P.E : Mon avenir c’est le Congo que nous aimons et que nous attendons tous. Pour ce second mandat du chef de l’Etat, nous voulons le soutenir car lors du premier quinquennat nous avons eu des acquis que nous souhaitons capitaliser. Pour consolider tous ces acquis, nous devons travailler de commun accord pour ramener la paix au Congo. C’est pour cela nous devons comprendre les enjeux de la guerre à l’Est de la République Démocratique du Congo. Nous devons tout faire pour soutenir la visibilité de la RDC envers l’extérieur. Je parle de la diplomatie active déployée par le Président de la République qui est entrain de tout faire pour que le pays rentre dans les organes du système des Nations Unies. Nous avons été endossés lors de l’élection de l’année pour revenir au Conseil de droits de l’homme et nous y serons encore en 2025. C’est là une esquisse des actions importantes qu’il convient de soutenir pour permettre au peuple congolais de jouir au maximum de ce qui lui est dû.

Je vous remercie pour l’opportunité m’accordée pour cet entretien, mais aussi les autorités du pays qui travaillent jour et nuit pour ramener la paix sur l’ensemble du territoire national. Chapeau au chef de l’Etat qui a nommé, pour la première fois de l’histoire de notre pays, une femme comme Cheffe du gouvernement. Cela prouve qu’il est véritablement le champion de la masculinité positive. Même le Haut-commissaire a dit que son pays n’a jamais connu une femme comme première Ministre. Nous devons donc soutenir cette première Ministre en lui donnant tous les atouts pour la réussite de son mandat comme Cheffe du gouvernement de la RDC.

Propos recueillis par Gomer Oleko

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.