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Entretien avec Aymeric Misoni, Conseiller à la coopération au Ministère du Plan

Coordination des ressources extérieures et coopération au développement de la RDC 

Publié en juillet 2022

Congodiplomatie : Bonjour Monsieur et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Peut-on savoir votre rôle en tant que Conseiller en charge de la coopération au développement au sein du ministère du Plan ?

Aymeric Misoni : En tant que Conseiller en charge de la coopération au développement et coordination des ressources extérieures au cabinet de Son Excellence Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre du Plan, Christian MWANDO NSIMBA KABULO, mon rôle est d’appuyer Son Excellence dans les traitements des dossiers qui concerne les partenariats au développement, avec les partenaires techniques et financiers, bilatéraux comme multilatéraux.

Par conséquent, je me penche principalement aux questions liées à la mobilisation des ressources extérieures, des dons et des aides publics qui sont destinés aux projets de développement de la RDC. Pour rappel, le rôle du Ministère du Plan dans le cadre de la coopération au développement est *de coordonner l’orientation de ces aides, *d’assurer les suivis et évaluations des interventions des partenaires en RDC, et aussi, comment renforcer la gouvernance dans l’aide au développement.

CD : Comment les ressources extérieures sont-elles affectées ?

AM : D’un côté, les ressources qui sont mobilisées par les partenaires multilatéraux, par exemple la BAD (Banque africaine de développement), le FMI et autres, elles sont sous l’autorité du ministère des finances, qui peut permettre l’allocation de ces ressources au budget de l’Etat pour répondre aux questions de développement ou les autres axes qui visent à améliorer le contexte socio-économique de la RDC.

D’autre part, vous avez les aides bilatérales, fruits de la coopération avec les différents pays, fournisseurs d’aide.

En fonction de ces différentes interventions, nous distinguons celles qui vont directement dans le budget de l’Etat. À travers ce dernier, et sous la gestion du ministère des finances, on arrive à répondre à certaines priorités du gouvernement. Il y a aussi les ressources extérieures qui sont mobilisées pour financer d’autres projets de développement à travers les agences du système des Nations Unies ou à travers les agences de coopération de chaque pays, qui ; à leurs tours font recours aussi à des agences d’exécution telles que les ONGs. Ces fonds issus des ressources extérieures qui sont alloués, permettent de mettre en place des projets de développement.

Nous veillons à ce que les projets qui sollicitent les financements des partenaires, répondent réellement aux priorités du gouvernement. On a un document de politique nationale stratégique de développement (PNSD) qui répertorie nos priorités pour le développement à travers 5 piliers.

Donc, chaque intervention doit du moins s’aligner dans un de ces piliers. Par exemple si notre priorité est d’avoir une meilleure structure dans le secteur de la santé, et si un partenaire vient en appui pour financer ce projet, on l’oriente en le disant exactement quelles sont nos faiblesses en termes de capacités, en terme d’infrastructures, en termes de compréhension par la société, parce que parfois, les interventions peuvent être des campagnes de sensibilisation.

CD : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ce secteur ?

AM : C’est toujours difficile de coordonner là où il y a beaucoup d’acteurs. Très souvent, les acteurs de ce secteur ont les mêmes objectifs et les mêmes champs de vision. Pouvoir mettre les différents partenaires autour de la table et se consacrer sur le même axe ou la même vision, c’est un peu difficile. Se rassurer que toutes les parties étatiques concernées et compétentes sont impliquées dans la mise en œuvre, ainsi que le suivi du projet, demeure un chalenge. Mais je pense qu’en terme de coopération, nous sommes en train de renouer nos liens avec nos partenaires, on est en train d’établir un lien de confiance entre les partenaires et le gouvernement de la RDC. C’est cet aspect qui était le grand chalenge du gouvernement congolais pour relancer les actions liées au développement.

CD : Quels sont les Organismes très actifs en RDC ?

AM : Il faut noter : la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement, le FMI… Mais, j’ai envie de dire que, chaque agence de coopération ou chaque partenaire a sa spécificité, son secteur. Par exemple : l’USAID, l’agence américaine de coopération, apporte énormément dans le domaine de la santé. La KOICA,  l’agence coréenne de coopération internationale ; la JICA, l’agence japonaise de coopération et autres. Donc, en fonction des secteurs, chaque pays partenaire a son poids.

Pour exemple, le PBF est le Fonds pour la consolidation de la paix des nations Unies. Le comité de pilotage de ce programme en RDC est co-présidé par le Ministère du Plan et le Coordonnateur Résident du Système des Nations Unies en RDC. Les fonds enregistrent trois principaux donateurs parmi lesquels l’Allemagne, la Suède et le Canada. Ce dernier a déjà renouvelé son engagement pour 2023 et 2024, avec un appui à hauteur de 23 millions USD par an, ce qui est assez considérable.

Il faut donc retenir que chacun des partenaires est important, car il contribue à son niveau, à sa façon au développement de la RDC.

CD : En terme du bilan, qu’est-ce qu’on peut retenir du Ministre d’Etat Mwando depuis qu’il occupe cette fonction ?

AM : Comme je l’ai dit plus haut, lorsque Son Excellence Ministre d’Etat Mwando est arrivé à la tête du ministère du Plan, l’un de ses objectifs était de renouer les bonnes relations avec les partenaires au développement. Comme vous les savez, lors des dernières années, pour des raisons diverses, beaucoup de nos partenaires au développement se sont retiré ou ont eu plus des doutes pour nous appuyer. Donc, un des objectifs principaux du Ministre d’Etat Mwando était de renouer cette confiance.

Sous l’Autorité de Son Excellence Mwando, le ministère du Plan est en train de travailler d’arrache pieds sur l’élaboration et l’instauration d’une Politique Nationale de l’Aide qui veillera à ce que chacun de nos partenaires s’aligne au programme de développement de la RDC.

Autres exemples concrets, récemment la KOICA, l’agence coréenne de développement a mis en place une nouvelle façon de financer les agences d’exécutions. Ils font un appel, disant qu’ils sont prêts à financer à hauteur de X montant, des projets de développement, répondez à l’offre mais celle-ci doit être accompagnée d’une lettre de garantie d’alignement, et c’est le Ministre du Plan qui signe pour dire que le projet que nous avons reçu, qui sollicite des fonds de l’agence coréenne de développement, s’aligne dans nos priorités. Donc, moi je mets un accent sur ça puisqu’on peut parler de tous les projets que le Ministre pilote par exemple le Comité de pilotage PBF, un projet sur la décentralisation, mais globalement, le Ministre d’Etat met un accent sur cette question de coordination de l’aide. 

Autre réalisation, et pas des moindres, vous avez surement entendu parler du projet des 145 territoires, c’est un programme qui est extrait de la PNSD, élaboré et piloté par le ministère du Plan également.

Donc, si on doit parler du bilan du Ministre d’Etat Mwando, on se doit de souligner l’exécution de ce programme.

CD : Parlez-nous de votre expérience

AM : D’abord, je suis diplômé en Droit des finances de l’Université de Kingston à Londres, j’ai également obtenu un deuxième master en International Business Management, j’ai aussi quelques formations en corporate finances. Avant ma désignation au Cabinet du MINETAT, j’ai travaillé comme Finance Officer au sein de European Center for Electoral Support, agence européenne chargée d’appuyer certains pays dans leurs processus électoraux, tel qu’en Afghanistan, au Sénégal et au Nigeria. Cette fonction m’a permis de beaucoup voyager, de rencontrer des personnes dans les horizons différents, de m’adapter à des cultures de travail différentes, et de maitriser le circuit du partenariat au développement.

CD : Votre mot de la fin

AM : Encore une fois, je vous remercie pour cette invitation. J’apprécie la démarche du magazine Congodiplomatie parce que ça montre l’importance de la coopération, et que le rôle du Ministre d’Etat, Ministre du Plan qui est de coordonner cette coopération au développement, du moins les interventions des différents partenaires au développement, est une tâche lourde. Je me sens privilégié d’être appelé à l’accompagner dans ce secteur. J’appelle tous les lecteurs du magazine Congodiplomatie à participer à la coopération au développement, parce que c’est une question de recevabilité, c’est-à-dire, le canadien qui paye ses taxes veut savoir où va son argent ; Le congolais également veut savoir si l’argent qu’on a reçu contribue à quel projet ; quel est le résultat ou l’impact de la coopération au développement. J’appelle donc tous les lecteurs à apporter une attention particulière à cette question de coopération au développement.

Propos recueillis par Naomie Nsakani

Gomer Oleko est Editeur et Directeur de la Publication de Congodiplomatie magazine qu'il a fondé en 2015. Soucieux de redorer l'image de la République démocratique du Congo à l'étranger, il est également producteur d'un documentaire touristique sur les villes congolaises. Reconnue comme expert diplomatique, il organise des vernissages diplomatiques pour chaque parution du magazine Congodiplomatie avec comme Invités spéciales, l'Ambassadeur du pays dédié et une Autorité congolaise du domaine de la diplomatie. Il est également Co-organisateur du Forum bilatérale sur la promotion de la coopération culturelle et scientifique qu'il organise avec les Ambassadeurs Congolais à l'étranger. Monsieur Oleko est Directeur général de Blims Media, une société d'édition et de promotion internationale présente dans les plus grands salons internationaux du livre. Il est diplômé en relations internationales.

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