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Entretien avec Krista Verstraelen, Directrice pays d’Enabel en RD Congo

Par ses principaux piliers, Enabel déploie ses activités multiformes sur une bonne partie de l’étendue du territoire national Rd congolais. Travaillant principalement pour le compte de la Belgique sur base des rapports de coopération bilatérale belgo-congolaise, Enabel RDC exécute aussi des programmes pour le compte de l’Union européenne et d’autres bailleurs.
Le bien-être d’une partie de la population congolaise comme le souhaitent plusieurs congolais eux mêmes est la motivation première de la grande équipe Enabel déployée sur plusieurs entités. Beaucoup de projets sont mis en branle pour transmettre des connaissances et des techniques grâce à la formation professionnelle, l’éducation, l’entrepreneuriat, l’agriculture pour créer les richesses et les emplois spécialement des jeunes qui constituent une majeure partie de la population congolaise. Les jeunes congolais piaffent d’impatience de vivre heureux dans ce pays et contribuer au développement économique de leur pays. Telle est l’esquisse des interventions d’Enabel en RDC telle que nous révélée par madame Krista Verstraelen, la Directrice pays Enabel RDC, dans l’interview qu’elle a accordée au magazine de coopération Congodiplomatie dont en voici la teneur.

Publié en octobre 2024

Congodiplomatie Magazine : Mme Krista Verstraelen! Merci d’avoir accepté de répondre aux questions de Congodiplomatie Magazine, édition spéciale coopération Belgique-RDC. Quels sont les principaux objectifs poursuivis par Enabel en République Démocratique du Congo ?

Krista Verstraelen : Les objectifs du travail d’Enabel sont assez clairs. Dans le nouveau programme bilatéral, on se base sur l’accord conclu entre la Belgique et la RDC. Ce qui est très important, c’est d’avoir un impact direct sur une bonne partie de la population dans les zones où Enabel travaille. Et le travail se fait dans plusieurs secteurs, avec des thèmes transversaux (comme l’attention pour le genre). Je peux citer simplement les quatre piliers de ce programme bilatéral avec financement par la Belgique :
– Le premier pilier concerne la jeunesse, la formation professionnelle, l’entrepreneuriat et l’emploi. Ce qui est très important et qui est d’actualité, ici en RDC, je peux me référer au discours d’investiture de Monsieur le Président de la République qui a mis aussi l’accent sur la nécessité de créer de l’emploi pour cette masse importante de jeunes. On le voit comme on le lit partout que les jeunes, avec ou sans diplôme, ont du mal à trouver un emploi formel et décent. Dans ce pilier on a plusieurs projets dans plusieurs zones géographiques.
– Le deuxième pilier concerne les services sociaux de base. On touche ici à l’éducation de base et à la santé. Il convient aussi de parler d’un projet axé sur la protection sociale et le travail décent.
– Le troisième pilier, c’est l’agriculture et la sécurité alimentaire. Le but poursuivi est d’améliorer les conditions de vie et les revenus des populations ciblées. L’introduction de pratiques innovatrices, l’approche agroécologique visent une amélioration de la sécurité alimentaire. Comme des études le dé- montrent, le potentiel de la RDC pour l’agriculture reste sous-utilisé.

– Le tout dernier pilier concerne la gouvernance inclusive. Ici, on appuie l’Etat congolais à travers ses institutions : on est en coopération directe avec certains ministères cibles pour le renforcement des capacités afin de pouvoir mieux assumer leurs responsabilités. Concrètement des experts travaillent avec les ministères de Finances, du Budget et avec les ministères techniques qui ont le mandat pour les sujets sus-évoqués Comme déjà indiqué, le rôle de la femme est un point d’attention dans toutes nos actions. On met en œuvre aussi des projets spécifiques qui s’inscrivent dans la lutte contre les violences sexuelles. Malheureusement, c’est un sujet qui reste d’actualité et pas seulement en RDC, ne se limitant pas aux zones de conflit non plus.

CD : En parlant de la formation professionnelle, l’éducation ; quelles sont les actions concrètes y afférentes que l’on peut retenir de ces douze derniers mois ?
KV :
Je citerai un projet qui est assez spécifique pour ce besoin. C’est le projet Kin-Emploi. Il est basé, ici, à Kinshasa en relation directe avec le ministère de la formation professionnelle. Le Centre de ressources se trouve temporairement dans nos bâtiments, son propre bâtiment sera construit. Chaque semaine, le centre reçoit une vingtaine d’étudiants qui viennent apprendre sur les différents sujets auprès d’une équipe d’experts qui leur donnent cours. Ce sont majoritairement des jeunes diplômés qui n’ont pas trouvé d’emploi. On leur donne des cours ciblés qui sont liés aux besoins des entreprises, du marché de l’emploi. Beaucoup de cours concernent spécifiquement l’informatique où les jeunes apprennent à utiliser les outils informatiques pour répondre aux besoins des entreprises. Ce qui est essentiel c’est partir du besoin concret de compétences et de connaissances et d’organiser les formations directement axées sur ces besoins.

CD : La RDC a un agricole potentiel énorme. Quel programme avez-vous mis en place pour ce qui est de ce secteur aussi vital ?
KV :
Il y a des projets agricoles Enabel dans 6 provinces. Je peux parler du Sud-Ubangi où je suis passée il n’y a pas longtemps. Ce projet travaille avec les associations paysannes dans la sous-région. Ici, on applique par exemple la technique des champs-écoles. Très souvent les agriculteurs ont certaines habitudes qu’ils ne veulent pas changer. Si on leur demande de changer, ils sont plutôt méfiants. Donc les agriculteurs font un champ d’arachides comme ils en ont l’habitude d’un côté, et de l’autre, les formateurs font un champ avec une autre technique ou approche. On compare les résultats et on explique les avantages de changer grâce aux résultats obtenus.
En général, ce qui distingue la façon de travailler d’Enabel, c’est notre proximité des bénéficiaires. Nos équipes sont sur le terrain, en permanence. Ils travaillent en directe avec beaucoup de partenaires, aussi bien de la société civile qu’étatiques, comme les services provinciaux, mais aussi avec l’Inera, avec l’ONEM etc.

CD : Quand on préparait ce questionnaire en conseil de rédaction avec mes collègues, un de nôtres a voulu savoir les critères généraux permettant de bénéficier du soutien d’Enabel ?
KV :
Souvent on est confronté avec des demandes de financement directe de propositions concrètes de projet. Malheureusement la réponse à ces questions est négative. Les projets formulés pour le compte de la Belgique ou pour d’autres bailleurs prévoient de travailler avec les partenaires les plus aptes, partiellement déjà identifiés lors de la préparation, la formulation du projet. En tant qu’organisation de droit public, Enabel publie des appels d’offre dans le cadre de marchés publics ou de conventions de subside sur le site web d’Enabel et sur les sites classiques (média Congo) en RDC. Aussi les appels d’offre d’emploi sont affichés et publiés, entre autre sur Okapi online.
Il n’y a aucune instance ou organisation qui reçoit tout simplement de l’argent d’un projet Enabel. Basé sur leur offre acceptée, un partenaire sera financé pour mettre en œuvre les activités convenues. L’avancement, les résultats, sont suivis et accompagnés de façon systématique par le projet, en bon partenariat.

CD : Madame Krista ! Pourriez-vous nous parler du « Prix Awa » ?
KV :
Il y a quelques années, la Ministre de la coopération au développement belge a résolu d’introduire ce prix. Il y avait une vision claire de mettre en lumière les femmes entrepreneurs dans les pays où Enabel est présente. Ce prix concerne actuellement 18 pays et fait appel aux femmes entrepreneurs déjà installées de se manifester et faire une proposition : le but est de mettre en évidence cette catégorie d’entrepreneurs femmes qui sont parfois mises de côté, afin de les valoriser et leur donner plus de visibilité tout en les mettant en concurrence. Ceux qui nous suivent sur les médias sociaux ont pu voir les manifestations venant non seulement de la RDC, mais aussi d’autres pays. La cible d’entrepreneures varie d’une année à une autre. Cette année, on vise les entrepreneures dans les domaines ICC (les industries culturelles et créatives).

Pour cette année, on est en phase finale, car les sélections ont été faites. Il y a en fait quatre catégories où les femmes entrepreneurs peuvent postuler : la catégorie startup, la scale up, l’innovation et le prix du public. Je viens d’apprendre que ce lundi 09/09, il y aura l’appel au vote électronique pour le prix du public. Je suis heureuse de vous annoncer que l’une des candidates pour ce dernier prix est congolaise.

CD : Quels sont les défis auxquels avez-vous été confrontés étant donné que la RDC est un pays à multiples réalités ?
KV :
Enabel, en tant qu’agence de développement, est censé d’introduire le changement, ce qui présente beaucoup de défis et parfois de résistance, pas seulement en RDC. A mon avis, l’un des plus grands défis pour Enabel en RDC ce sont les ressources humaines. Pour tout le pays, on emploie aujourd’hui 468 personnes dont 400 de nationalité congolaise. On ne recrute pas pour Kinshasa seulement, les projets se trouvent dans différentes provinces. On a des bureaux régionaux à Gemena, Kisangani, Mbuji Maji, Lubumbashi et Kinshasa. On recrute de façon maximale sur place, mais souvent on doit faire appel aux personnes qui seront alors délocalisées. C’est un défi permanent de composer des bonnes équipes partout. La formation en premier lieu « on the job » mais aussi à travers l’organisation de formations ciblées, prépare les collègues aussi pour leur carrière future.
Un autre défi est lié à notre caractère de droit publique : il n’est pas évident de recevoir des offres correctes et complets. Ça sonne un peu basique, mais c’est essentiel. Pourtant le travail avec le secteur privé est très important pour Enabel et nous sommes convaincus que les partenariats publics privés correctes seraient plus qu’utiles pour le développement en RDC.

CD : Madame Krista ! Beaucoup de diplomates n’aiment pas parler d’eux-mêmes.
Notre lectorat aimera savoir qui est Mme. Krista en termes de parcours professionnel.
KV :
Je suis en poste à Kinshasa depuis 14 mois. Je suis venue directement de la Guinée où j’occupais la même fonction pour Enabel. Comme souvent on appelle la Guinée « le petit Congo », on m’a demandé d’aller au vrai Congo, le pays le plus important de la coopération belge. Avant l’étape de la Guinée, j’ai travaillé dans plusieurs autres pays, la plus grande partie de ma carrière professionnelle pour Enabel, appelé CTB à sa création, où j’ai fait partie des premiers recrutés. Ce mois-ci, je travaille 37ans dans le domaine de la coopération au développement.

CD : Enabel semble s’intéresser à plusieurs secteurs. Lequel de ce secteur semble bénéficier plus d’interventions d’Enabel ?
KV :
C’est une bonne question qui fait vite appel aux chiffres, sans oublier que Enabel met en œuvre, pour le compte de la Belgique et d’autres bailleurs. La partie des projets qui a le plus haut pourcentage chiffré en RDC se trouve dans le domaine social. C’est ce qui m’a le plus rassurée, car c’est une chose fondamentale : le domaine dans lequel il y a plein de choses qui manquent, ici, en RDC, c’est le domaine social : Je parle en effet de l’éducation de base, la formation, la santé, le travail décent et aussi la protection sociale. C’est ce qui attire relativement le plus grand pourcentage du budget, sans toutefois ignorer les autres secteurs. Enabel met en œuvre aussi des projets importants pour l’Union européenne. Au maximum nous visons de renforcer les domaines dans lesquels nous sommes déjà présents avec le portefeuille bilatéral, par exemple dans le domaine de la formation professionnelle. Mais à la demande de l’UE on travaille, aussi par exemple avec la police nationale dans le cadre de sa réforme, ensemble avec 2 autre organisations-partenaires et avec l’appui et l’expertise de la police belge.

CD : Merci beaucoup, Mme Krista. Quel souhait aimeriez-vous émettre pour l’avenir ?

KV: C’est vraiment un vœu que je vais faire : la population congolaise mérite mieux. C’est dans ce cadre-là que l’on travaille avec tous les détails sus évoqués sur nos différents domaines d’interventions. L’essentiel de nos interventions consiste en l’amélioration des conditions de vie d’au moins d’une partie de la population de la RDC.

CD : Merci, Mme Krista d’avoir accepté de répondre à notre invitation
KV:
Merci à vous aussi.

Propos recueillis par Gomer Oleko












Editeur, Gomer Oleko est Directeur de la Publication du magazine Congodiplomatie depuis sa création en 2015. Soucieux de redorer l'image de la République démocratique du Congo à l'étranger, il est également producteur d’un documentaire sur les villes congolaises. Reconnue comme expert diplomatique, il organise des vernissages diplomatiques à chaque parution d’un numero du magazine Congodiplomatie avec comme Invités spéciales: l'Ambassadeur du pays dédié et l’Autorité congolaise du secteur de la diplomatie. Il est également Co-organisateur du Forum bilatérale sur la promotion de la coopération culturelle et scientifique (Fprocs). Monsieur Oleko est Fondateur et Directeur général de Blims Media, une société d'édition et de promotion internationale - exposant dans les grands Salons internationaux du livre. Il est diplômé en Relations internationales, avec plusieurs formations, notamment en Media & diplomatie, édition numérique, marketing digitale.

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