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Entretien avec S.E. Shakembo Kamanga, Ambassadeur de la RD Congo en Pologne et Hongrie

La RDC est mondialement connue pour être une grande exportatrice de ses ressources minières comme le cobalt, l’or, le cuivre sans oublier les minerais critiques pour ne citer que ceux-là. En dehors de cette catégorie des matières naturelles à exporter, la balance des échanges commerciaux avec ses différentes partenaires penche en sa défaveur, telle la coopération commerciale entre la RDC et la Pologne et la Hongrie ; pays dont la juridiction est couverte par Mme l’Ambassadeur Shakembo Kamanga Clementine, résidente à Varsovie, en Pologne. Pour la diplomate congolaise, les interactions économiques entre la RDC et ses partenaires, en général, sont déséquilibrées. C’est ainsi qu’elle a fait des préconisations et a passé au peigne fin certains aspects de la coopération congolaise dans cette interview qu’elle a acceptée d’accorder au Magazine Congodiplomatie dont voici la teneur.

Publié en avril 2025

Congodiplomatie Magazine: Excellence! Merci d’avoir accepté de répondre aux questions de notre magazine sur la Coopération et de la diplomatie entre la RDC et la Hongrie. Tout récemment, Son Excellence le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a effectué une visite officielle de trois jours à Budapest, en Hongrie, où il a eu des rencontres avec les officiels hongrois.
Que pouvons-nous retenir de cette première visite du Chef d’Etat RD Congolais ?

Ambassadeur Shakembo Kamanga : Merci beaucoup de l’intérêt qu’a votre magazine à l’égard de l’ambassade de la RDC en Pologne et en Hongrie, et surtout sur la visite de notre Chef de l’Etat, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo qui a effectué une visite officielle à Budapest. J’aimerais bien situer le contexte de cette visite: au mois de Mars 2024, Son Excellence Monsieur le Président de la RDC se trouvait à Antalya, en Turquie, lors d’un sommet organisé par la Turquie sur la diplomatie. C’est à cette occasion que notre Chef de l’Etat a eu l’occasion de s’entretenir avec le Premier ministre hongrois, son Excellence Victor Orban. C’est à ce moment-là que les invitations ont été mises en musique en attendant les dispositions protocolaires en la matière. La première visite fut fixée au mois de mai 2024, mais elle ne fut pas effectuée. L’attaque du camp des refugiés de Mungunga et les environs fut une catastrophe humanitaire, sans précèdent. Ce drame avait empêché le Président de la République d’effectuer ce déplacement-là. Ce qui a emmené le Président de la République de faire le déplacement de Budapest entre fin septembre (29) et début octobre (1) 2024. Comme lors de toute visite officielle, le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo était reçu en toute solennité et ce, avec faste: la ville avait arboré les couleurs de la RDC et de la Hongrie. Le Président était à la tête d’une délégation constituée de quelques membres du Gouvernement, quelques officiels et moi-même comme Ambassadeur de la RDC près de la Hongrie pour lui souhaiter la bienvenue et lui remettre un memo sur la Hongrie. Cette visite de 48h a permis au Chef de l’Etat de rencontrer son homologue hongrois. Son Excellence Monsieur TAMAS SULYOK qui l’a reçu avec tous les honneurs. Il y a eu un tête-à-tête, un diner auquel ont pris part la délégation conduite par le Chef de l’Etat et les officiels de la Hongrie.

CD: Excellence ! Dites-nous, à quel niveau peut-on situer les échanges commerciaux entre Kinshasa et Budapest ?
S.K.:
Vous savez bien que le Congo ne produit pas grand-chose pour échanger avec les autres. Ce qui fait que la balance commerciale penche beaucoup plus d’un côté. Les hongrois comme les polonais produisent plus, raison pour laquelle ils vendent au Congo. Ce qui rend difficile la conception des échanges commerciaux entre les deux pays, car d’un coté, la RDC ne produit pas assez .
Mais il y a lieu se signaler un très haut niveau de vente des minerais de la RDC qui dépasse les échanges commerciaux selon un schéma triangulaire.

CD: Hormis les officiels, le Chef de l’Etat avait reçu quelques délégations des hommes d’affaires hongrois. On ne peut s’en douter des discussions sur les opportunités d’affaires qu’il y a eu. Peut-on savoir si les effets de ces discussions suivent déjà ou ils sont suspendus à la réalisation de certaines conditions comme préalables ?
S.K.:
c’est une bonne question. Il convient de retenir qu’il y a une entreprise hongroise dans le Lualaba, la partie sud de la RDC, je cite la firme DUNIA ASFALT, qui réalise un pont sur le Lualaba à la frontière RDC-Zambie, avec le financement de la partie hongroise. C’est la principale matérialisation de la Coopération entre la Hongrie et la RDC.

CD: Nous croyons certainement que les choses vont s’accélérer dans ce sens. A l’audition du point de presse entre le Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et le Premier ministre hongrois Victor Orban, ce dernier avait promis l’ouverture d’une représentation diplomatique à Kinshasa. De votre regard de diplomate, qu’est-ce qui a motivé Victor Orban à annoncer l’ouverture d’une représentation diplomatique en RDC?
S.K.:
il faut toujours avoir à l’esprit que la RDC est un grand pays sur le plan international. Nous sommes non seulement au centre de l’Afrique, mais aussi nous détenons des minerais stratégiques recherchés par le monde entier et aussi, la RDC est le poumon de la planète avec sa forêt équatorial, ses tourbières. Ce n’est pas quand-même moindre‚ un pays situé au centre du continent africain avec neuf pays voisins et 100 représentations des missions diplomatiques.
Pour ce qui est de la Hongrie, Il y a déjà une Ambassade ouverte a Kinshasa avec un Chargé d’Affaires. Nommer un Ambassadeur reviendrait à résoudre le problème de bâtiments… et de notre côté, la RDC, nous nous organisons pour ouvrir une représentation diplomatique en Hongrie. Ce qui justifie les navettes entre Budapest et Varsovie. Vous comprendrez que pas seulement la Hongrie, tout le monde a besoin d’une présence au cœur de l’Afrique ; être au Congo reste un atout de grande taille et surtout à cause de ces minerais stratégiques.

CD: Pourriez-vous nous décrire les perspectives pour cette année concernant la Pologne et la Hongrie?
S.K:
Nous avons un ambitieux programme de digitalisation de nos services au niveau de la Hongrie comme la Pologne afin d’avoir une administration optimale.
En plus, vous devez savoir que la RDC a déposé sa Candidature au poste de Membre non permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU pour la période de 2026-2027. Ceci exige un lobbying de haut niveau à la hauteur de chaque mission diplomatique congolaise.

CD: La RDC est un pays riche en ressources naturelles et demeure ouverte aux capitaux venant de l’étranger. Certains forums économiques s’organisent à travers l’Europe et l’Amérique par le truchement de chambres de Commerce. En Pologne, n’y-a-t-il pas de pareille structure pour répondre aux desideratas de certains compatriotes? N’avez-vous jamais envisagé organiser un forum économique en Pologne visant à mettre aux prises les entrepreneurs polonais et congolais, parce que votre collègue de la Grèce a organisé récemment un forum du genre!
S.K.:
Depuis que je suis en poste à Varsovie en Pologne, nous avons déjà organisé trois forums économiques. Le tout premier de la série a été organisé au mois de novembre 2019 à Kinshasa avec le concours de l’ANAPI (Agence nationale pour la promotion des investissements) chapeautée à l’époque par l’actuel Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat. Je puis vous dire que cette édition-là avait connu un grand succès. Au mois de juin 2023, le même ancien DG de l’ANAPI et actuel Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat, Anthony Nkinzo, avait présidé ici à Varsovie, en Pologne, la troisième édition du Forum Economique Pologne-RDC. Cette édition a connu une forte affluence de compatriotes, des Gouverneurs de provinces ayant rendu ce forum un grand évènement. Evidemment il y a eu une forte participation de congolais, mais l’absence de la presse congolaise était très criante, sauf un seul média.

CD: Madame l’Ambassadeur, pourriez-vous nous parler de votre parcours, même si nous en savons quelque chose? En plus, comment arrivez-vous à concilier les deux postes à Varsovie et à Budapest?
S.K. :
Je suis une diplomate de carrière. Je passe toute ma vie au Ministère des Affaires étrangère et en poste à l’extérieur. Travailler en Pologne et couvrir la juridiction de la Hongrie est tout à fait normal. Mais couvrir un bon nombre de pays n’est pas du tout facile. Il y a des éléments-clés auxquels on ne peut pas échapper comme la présentation de Lettres de Créance auprès de Chef d’Etat, les forums économiques et la cérémonie de vœux de nouvel an au Chef de l’Etat. Pour ces derniers aspects, nous devons faire les déplacements pour les pays concernés. C’est un travail qui nécessite un peu plus de moyens financiers pour mieux accomplir les missions assignées auprès de pays de juridiction.
En plus, nous avons la Diaspora congolaise avec laquelle nous devons avoir des relations étroites.

CD: Je sais que beaucoup de diplomates n’aiment pas parler d’eux. Moi, comme éditeur d’un magazine diplomatique, sais quelque chose de votre carrière diplomatique. Mais pas notre lectorat.
S.K.:
Je suis diplômée en psychologie générale avec une Maitrise obtenue à l’Université de Paris VIII. Avec cette orientation académique, rien ne me prédisposait à devenir diplomate. Comme j’étais en dehors du pays, à mon retour je souhaitais venir travailler à l’Université. Quelques mois après mon retour, il fut organisé un concours de recrutement des jeunes universitaires au Ministère des Affaires étrangères. C’est mon père qui me motiva d’aller passer le concours vue que je n’avais pas encore commencé à travailler. Retenue pour passer ce concours parmi une centaine de jeunes, je fus recrutée tout en attendant aussi l’appel de l’Université. C’est de cette façon qu’a débuté ma carrière de diplomate. Je puis vous dire que J’étais très jeune, mais j’ai été bien encadrée par mes supérieurs dans la matière et qui avaient la maitrise de dossiers. La Fonction Publique n’avait pas de problème d’argent encore moins celui d’attribution des numéros matricule; tout était très bien. Voilà comment je suis restée là jusqu’à aujourd’hui.

CD: Excellence ! Avez-vous un mot pour conclure cet entretien ou un souhait pour l’avenir ?
S.K.:
Surement! J’aimerais m’adresser aux jeunes que vous êtes de beaucoup apprendre parce que sans la culture générale, sans la précision dans tout ce que nous faisons, c’est difficile pour réussir. Vous devriez être attentifs dans tout ce que vous faites et dites, et c’est dans ces conditions-la que vous pourrez réussir.

CD: Merci beaucoup, Excellence pour votre disponibilité.
S. K.
: je vous remercie

Propos recueillis par Gomer Oleko

Editeur, Gomer Oleko est Directeur de la Publication du magazine Congodiplomatie depuis sa création en 2015. Soucieux de redorer l'image de la République démocratique du Congo à l'étranger, il est également producteur d’un documentaire sur les villes congolaises. Reconnue comme expert diplomatique, il organise des vernissages diplomatiques à chaque parution d’un numero du magazine Congodiplomatie avec comme Invités spéciales: l'Ambassadeur du pays dédié et l’Autorité congolaise du secteur de la diplomatie. Il est également Co-organisateur du Forum bilatérale sur la promotion de la coopération culturelle et scientifique (Fprocs). Monsieur Oleko est Fondateur et Directeur général de Blims Media, une société d'édition et de promotion internationale - exposant dans les grands Salons internationaux du livre. Il est diplômé en Relations internationales, avec plusieurs formations, notamment en Media & diplomatie, édition numérique, marketing digitale.