Le Sénateur She Okitundu est un ancien de Suisse. Il a milité pendant des années dans les institutions internationales des droits de l’homme à Genève. Ancien ministre des droits humains, ministre des Affaires étrangères, de la coopération internationale, de l’intégration régionale et ancien directeur de cabinet du président de la république honoraire. Rencontre.

PROPOS RECUEILLIS PAR GOMER OLEKO

Congodiplomatie Magazine : Vous avez sûrement suivi l’appel du président Felix Tshisekedi, du haut de la plus haute instance de défense des droits humanitaires à Genève, à la solidarité de la communauté internationale pour faire cesser les violences à l’Est de notre pays, mais jusque-là, il n’y a aucune réaction de la part des Etats partenaires. A votre avis d’Expert, qu’est-ce qu’il faut faire de plus ?

Leonard She Okitundu : Les conflits intercommunautaires, les actes terroristes perpétrés par des groupes armés étrangers et locaux sont des féaux qui gangrènent la situation sécuritaire à l’Est de la République Démocratique du Congo.

Parmi ces groupes armés, il y a particulièrement les ADF ougandais, phagocytés par Al-Qaïda, qui commettent des atrocités innommables dont sont victimes les populations de cette région du pays en usant des procédés asymétriques alors que les terroristes du M23 opèrent par des moyens conventionnels avec l’appui – confirmé par la Communauté internationale – du Rwanda dont ils bénéficient de la profondeur stratégique en occupant une partie du territoire national. C’est le défi prépondérant que le gouvernement de la RDC est appelé à relever à l’Est du pays.

En effet, servant de base arrière au M23, le Rwanda atteinte gravement à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo en violation manifeste du droit international sous le regard complaisant, si ce n’est complice, de la Communauté internationale.

Cette énième provocation outrancière rwandaise dans une région extrêmement sensible interpelle hautement la République Démocratique du Congo quant à la poursuite incessante de la montée en puissance dissuasive des FARDC tout en ne minimisant pas, en la matière, le déploiement d’une inventivité diplomatique. Car, la République Démocratique du Congo doit impérativement éviter toute posture susceptible de prêter le moindre flanc à l’agresseur cyniquement, voire, astucieusement impénitent. C’est à cette aune qu’est suspendue la solidarité internationale qu’elle est légitimée en droit d’attendre des partenaires dans le concert des nations. Bref, ce qui précède est un appel pressent à notre cher pays de ne pas tomber dans le traquenard diplomatique tendu par notre envahisseur outrageusement décomplexé.

CDM : Vous êtes membre de la commission Relations extérieures du Senat et ancien ministre des Affaires étrangères. Quel est l’état de la coopération parlementaire entre la RDC et la Suisse ?

LSO : Il est dommage de constater après coup, la mort dans l’âme, à la fin de cette législature, que la Commission des Relations Extérieures du Senat congolais n’ait pas pu actionner la coopération avec la Commission sœur de la Confédération Helvétique dans le cadre de la diplomatie parlementaire surtout au moment où notre pays fait l’objet d’agression d’un pays voisin, car elle aurait pu être mise à contribution dans la recherche du règlement pacifique avec celui-ci en profitant de l’expertise suisse légendaire en la matière. Il ne nous reste plus qu’à espérer de se rattraper lors de la prochaine rentrée parlementaire.

CDM : Vous êtes l’un des proches du président Alain Berset. Qu’est-ce que sa visite, très appréciée par la population Congolaise, a-t-elle apporté concrètement à la RDC ?

LSO : Nous avons été honorés en tant qu’anciens de Suisse de la visite d’Etat du Président Alain Berset à Kinshasa, au moment de la présidence suisse du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Cette visite lui a permis de consolider la relation bilatérale, de comprendre et de palper du doigt la situation sécuritaire à l’Est du pays en écoutant attentivement et respectivement son Homologue congolais, les Présidents du Parlement congolais, le Corps diplomatique, la société civile, et surtout en se rendant à l’Est du pays confronté aux conséquences catastrophiques de l’agression rwandaise.

Président de la Démocratie traditionnelle de médiation, il a été bien inspiré d’effectuer ce déplacement à la grande satisfaction de tous ses interlocuteurs qui ont très bien apprécié particulièrement sa cordialité.

Nous pensons que cette visite permettra à la coopération helvético-congolaise de sortir des sentiers battus en se diversifiant davantage dans une approche mutuellement avantageuse.

Nous espérons particulièrement qu’elle brisera la frilosité des entrepreneurs suisses pour investir substantiellement en RDC afin de générer des richesses et en créant des emplois. Nous souhaitons particulièrement nous inspirer l’expérience suisse en matière d’apprentissage pour réduire sensiblement le nombre des jeunes sans emploi.

A cet effet, il appartient à la partie congolaise d’œuvrer à l’amélioration de l’environnement des affaires afin de rendre la RDC attractive aux capitaux suisses en quête d’opportunités d’investissement. L’expérience suisse d’apprentissage a aussi vocation, par un changement de mentalité, voire de culture à désacraliser la filière universitaire comme unique voie de salut pour réussir dans la vie.

La République Démocratique du Congo qui est un vaste pays-continent mais qui se veut fortement décentralisée peut s’inspirer, en matière de gouvernance de proximité, du caractère tout aussi largement et historiquement décentralisateur du fédéralisme helvétique. La Confédération helvétique peut contribuer à cet effet au renforcement des capacités par la pratique de jumelage entre entités territoriales décentralisées, jumelage institutionnel, culturel voire sectoriel entre universités, bibliothèques ou hôpitaux.

CDM : Vous êtes l’initiateur du PSDV, un jeune parti social-démocrate présidé par un politicien expérimenté. Pouvez-vous nous parler des particularités de ce parti politique ?

LSO : Le PSDV prône essentiellement l’économie sociale et écologique de marché. Nous mettons un accent particulier sur le développement durable. Nous voulons concilier l’efficacité et la performance du marché et la lutte permanente, par un État assez fort et régulateur, contre les injustices et inégalités sociales. Notre Parti tient à valoriser sa vocation verte car la République Démocratique du Congo, détentrice d’un écosystème exceptionnel, déclaré Patrimoine Mondial par l’UNESCO, joue un rôle fondamental pour la survie de la planète. L’éco-comportement sans oublier l’effectivité de la parité sont des valeurs que nous considérons comme cardinales. Aussi militons-nous pour leur enracinement dans la gouvernance de notre pays.

CDM : Un mot sur le 13e Congrès mondial des Chambres de commerce, le plus grand forum économique au monde pour les chambres et les entreprises qui se tient à Genève du 21 au 23 juin 2023 ?

LSO : Lors du 13ème Congrès mondial des Chambres de commerce, nous invitons les membres de Chambres de commerce Suisse – RDC et la diaspora congolaise à faire le lobby pour l’attractivité de la RDC en matière d’opportunité d’investissement par l’aménagement d’un site d’information à cet effet.

CDM : Honorable Okitundu, je vous remercie

LSO : C’est moi qui vous remercie cher Oleko.

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