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Entretien avec Éric Willemaers, Chef de la coopération belge en RD Congo

La Belgique est un grand partenaire de la République démocratique du Congo et ce, depuis des lustres. Alliée historique de la RDC, la Belgique entend maintenir sa coopération avec le gouvernement congolais dans plusieurs domaines notamment la coopération scientifique, l’économie, l’aide au développement, la défense, etc. Le tout sur base de la stricte observation de principes de souveraineté et d’égalité entre Etats. M. Éric Willemaers est le Chef de la coopération au développement à l’ambassade de Belgique en RDC. Pour nous permettre de nous imprégner de l’action de la coopération entre son pays la Belgique et la RDC, il a égrainé, avec une partie de son équipe, quelques principaux axes d’interaction entre les deux pays lors d’un entretien qu’il a accordé au Magazine Congodiplomatie dont voici l’intégralité.

Publié en octobre 2024

Congodiplomatie : M. Willemaers, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions pour l’édition spéciale coopération Belgique-RDC de notre magazine. Comment définiriez-vous le rôle du Chef de la coopération belge en RDC ?
Eric Willemaers :
Le chef de la coopération est une fonction importante au sein de l’ambassade de Belgique, qui peut prêter à une certaine confusion avec celle de Représentante résidente d’Enabel, notre agence de coopération au développement. Cette dernière est l’agence d’exécution des programmes bilatéraux définis par les gouvernements belge et congolais. Mais le chef de coopération est à la tête d’une grande équipe d’environ dix personnes à la section de coopération de l’ambassade, dont la moitié est constituée de diplomates de carrière y compris moi-même. Nous avons pour mission de superviser et d’assurer le suivi de tout ce que fait la Belgique au travers de ses instruments et acteurs de coopération et d’aide humanitaire en RDC. Il y a en effet une multitude d’acteurs impliqués, bien qu’Enabel soit le plus visible. Il y a par exemple aussi des acteurs indirects qui sont des ONG belges et leurs partenaires congolais, des institutions académiques et scientifiques, des agences du système multilatéral de Nations unies que nous appuyons. Les agences du système des Nations Unies notamment sont des agences d’exécution et non des bailleurs, financées par les Etats-membres du système de Nations unies dont la Belgique. Enfin, il y a également des acteurs humanitaires qui relèvent parfois du système des Nations unies ou sont simplement des organisations non gouvernementales (ONG), ainsi que d’autres structures internationales comme le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Avec son équipe, le rôle du chef de coopération consiste à identifier aussi le potentiel et les besoins du pays qui sont bien connus sur l’ensemble du territoire national. La question principale est de savoir dans quel domaine de coopération devrions-nous investir pour contribuer au développement du pays, à la réduction de la pauvreté et au développement durable, sans oublier l’appui humanitaire. Nous travaillons donc en synergie avec notre ministère des Affaires étrangères et nos collègues à Bruxelles sont bien informés sur nos activités et nos analyses sur le potentiel et défis du pays. Il en est de même pour l’action des partenaires financés par la Belgique, d’autres acteurs potentiels, ou encore d’autres formes de partenariats.

CD : L’action de la coopération belge porte sur plusieurs volets notamment la coopération bilatérale, la coopération multilatérale, la coopération non gouvernementale, l’aide humanitaire, BIO… Pourriez-vous nous en dire plus sur chacun de ces volets ?

EW : J’aimerais commencer par le plus visible et le plus connu qui est Enabel. Comme évoqué précédemment, Enabel est l’agence belge d’exécution. Elle s’occupe principalement de l’exécution de programmes bilatéraux convenus entre les gouvernements belge et congolais, et subsidiairement de ceux d’autres bailleurs comme l’UE, ou encore l’Agence Française de Développement (AFD) qui financent Enabel pour exécuter une partie de leurs programmes. Ce qu’il faut noter de prime abord est qu’il existe des accords de coopération entre les deux Etats, la Belgique et la RDC. A la faveur de ces derniers, une commission mixte s’est réunie à Bruxelles en décembre 2022 au niveau des ministres des Affaires étrangères et coopération internationale et a permis de signer une nouvelle convention spécifique entre les deux gouvernements. Il s’agit peut-être des termes un peu trop techniques, mais le plus important est que les deux pays se sont accordés sur un programme de coopération bien structuré pour une période de 5 ans. Ce qui est une première en 13 ans en raison notamment des relations bilatérales. La différence avec les programmes précédents est que ce portefeuille de cinq ans est signé pour identifier le potentiel et voir ensemble les actions prioritaires dans plusieurs domaines et thématiques sur lesquels les deux pays peuvent collaborer et où la RDC pense que la Belgique a une plus-value susceptible de faire intervenir Enabel. Cette démarche s’inscrit dans la politique du gouvernement qui nous permet de définir à quel niveau l’intervention doit se faire : national, provincial ou territorial et avec quelques structures étatiques, des agences de développement et ONG de développement. Il s’agit là des points très importants à clarifier pour assurer la cohérence dans la conduite des politiques de développement du pays. Ceci ne concerne que les deux gouvernements entre eux. Avec les ONG, nous restons dans le cadre de politiques définies par le pays. Nous allons appuyer les acteurs non-gouvernementaux qui vont travailler, dans la plupart des cas, avec les acteurs non gouvernementaux congolais tout en respectant le cadre légal et les priorités politiques. On est souvent dans les domaines classiques comme l’agriculture, la santé, voire des domaines qui ont beaucoup évolué comme la formation professionnelle, l’emploi, l’entrepreneuriat, la jeunesse, l’activité culturelle, etc. L’action humanitaire revêt un autre caractère. Elle suit des mécanismes différents car elle concerne les besoins de la population nécessitant une réponse immédiate. Toute forme de coopération s’inscrit dans le cadre légal de respect mutuel de souveraineté et de considération des principes conventionnels internationaux qui doivent être respectés autant par le pays que par les acteurs.
En termes d’action humanitaire, on doit protéger les civils, ce qui est une responsabilité de l’Etat et nous qui faisons partie de la communauté internationale devons aussi y contribuer. L’action humanitaire est souvent la plus visible car elle est liée aux différentes crises humanitaires d’ordre politique ou naturel. Ce type d’actions reçoit plus d’attention politique et médiatique, notamment les crises à l’Est. Un peu moins pour les autres crises que nous connaissons actuellement à Kwamouth et qui s’étendent vers Kinshasa avec les Mobondo. Quoi qu’il en soit, l’aide humanitaire est dirigée vers les besoins immédiats qui nécessitent une réponse appropriée pour prendre en charge les populations et on doit agir avec les mécanismes internationaux qui parfois prévalent aussi sur le contexte légal du pays. Il y a aussi BIO. Sa présence est moins visible mais elle est en train de se renforcer.
BIO est une entreprise publique belge d’investissements. Si les autres mécanismes sont des subventions principalement, c’est à dire l’argent donné qui ne doit pas être remboursé, BIO intervient essentiellement à travers des prêts ou de participations dans le capital de sociétés privées congolaises ou internationales. Les secteurs concernés sont notamment ceux de la microfinance et du numérique. Il y a eu aussi dans ce cadre , des investissements très précis comme dans l’imprimerie, l’agriculture, etc. Tout cela est complémentaire aux autres mécanismes d’interventions évoqués précédemment et c’est aussi le rôle du chef de coopération avec son équipe et de toute l’ambassade de mettre les uns en relation avec les autres. Il convient aussi de souligner qu’Enabel collabore de plus en plus avec les ONG belges. Nous avons aussi motivé BIO à faire plusieurs missions au pays et sa présence se renforce. Ce sont là les différents axes avec les priorités pour chaque type d’acteurs de coopération.

CD : La Belgique et la RD Congo ont une bonne coopération militaire. Vous n’avez pas mentionné la défense. N’est-elle pas dans votre branche ?

EW : Oui. Ça me permet de revenir sur ce que je disais précédemment. La coopération au développement s’établit sur la longue durée, mais il faut séparer le politique du militaire. La donne a depuis bien changé. C’est comme pour le secteur privé dans le passé. La coopération ne s’y intéressait pas trop parce que ce n’était pour faire du profit. La coopération était énorme pour aider la population. C’est autour des acteurs économiques privés que le développement peut être beaucoup plus intéressant et beaucoup plus facile : parce qu’il y a ancrage commercial et économique. Un opérateur économique veut un retour d’office sur son investissement. On ne peut séparer l’aide humanitaire de la coopération
au développement, car ça dépend de choix politique, de convictions politiques, de réalités politiques et de la gestion politique par les partenaires et structures. Quand on pose des actions de développement, on doit prendre en compte certaines réalités comme la corruption, par exemple.
Parlant de la défense, nous entrons dans un domaine un peu plus technique avec notamment une approche bien connue dans le monde du développement qu’on appelle “le triple nexus”. Il s’agit d’une approche qui vise une plus grande cohérence et complémentarité entre les trois piliers Humanitaire-Développement-Paix qui sont en réalité très interdépendants. On ne peut pas par exemple avoir de sécurité sans développement, tout comme sans sécurité aucun développement n’est possible. On ne peut pas non plus résoudre le problème de malnutrition ou d’insécurité alimentaire quand il y a des conflits. La défense est également un partenaire important de la coopération au développement parce que c’est un partenaire logistique. La défense belge a fait le dragage du port de Kalemie, car il n’y avait pas des opérateurs pour faire à cause de l’absence des équipements nécessaires. Le génie belge, ensemble avec le génie congolais, par leurs structures militaires respectives, ont collaboré en improvisant un ponton avec une grue. A côté, il y a une turbine qui est en train d’être réparée à Tshopo. Cette turbine devait aller dans les ateliers de la Gécamines-SNEL au Grand-Katanga. Heureusement, nous avons de nouveaux avions qui sont des cargos militaires, le A400M, qui sont plus grands que les C-130 que tout le monde connait. Cet avion a permis à transporter cette turbine jusqu’au Katanga, car il n’existait pas d’autre moyen pour l’acheminer de la Tshopo au Katanga.
Enabel est également actif dans le domaine de la sécurité, notamment au travers de programme qu’il exécute sur financement de l’Union européenne, comme par exemple le programme d’appui à la réforme de la police « PARP » ou l’Union pour la paix et sécurité « UPS ». C’est dans de pareils programmes qu’Enabel travaille avec la police et l’armée pour leurs réformes respectives.
A côté de cela, la défense belge épaule la défense congolaise sur financement belge ou de l’UE. Je pense ici à la collaboration avec l’académie militaire à Kananga « ACAMIL », ou encore à la formation de la 31ème Brigade de Réaction Rapide des FARDC à Kindu par des militaires belges. Cette collaboration comporte également une dimension européenne car elle est appuyée par des moyens du European Peace Facility (EPF) qui met à la disposition de la défense belge une enveloppe de 20 millions d’euros pour remplir cette mission de formation qui lui a été confiée.

CD : Qu’en est-il du programme STARLITE ?
EW :
Je ne dirais pas que c’est un projet de développement. Ça rentre purement dans le cadre de la coopération en matière de défense entre nos deux pays. STARLITE est un dispositif d’évacuation médicalisé mis en place par la Défense belge en RDC, principalement pour répondre à tout éventuelle situations d’urgence impliquant son personnel en RDC.

Mais STARLITE ne se cantonne pas qu’aux évacuations médicalisées. Le dispositif a joué un rôle capital dans le transport de dons, lors des dernières crues du fleuve Congo, qui ont laissé pas moins de 300.00 personnes dans le besoin.
La Belgique a contribué au transport d’abris temporaires et de tentes dont l’acheminement aurait été difficile si la Défense n’était pas intervenue. Il s’agissait en effet d’une cargaison de 18 tonnes envoyée en RDC par ces avions militaires, le fameux A400M, avant que la Croix-Rouge ne prenne le relais pour la distribution.

CD : Ça aura été mal perçu par les nouveaux diplômés d’Etat si je ne posais pas cette question concernant les bourses d’études. Existe-t-il toujours des bourses ? Elles peuvent être estimées à combien cette année ?
EW :
Il y a différents types de bourses d’étude. Pour faire simple, deux institutions sont les principales pourvoyeuses de bourses en RDC. Il y a ARES qui est l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur francophone, et VLIR-UOS qui est l’équivalent néerlandophone. A côté de cela, nous avons des bourses décernées par des institutions connues comme l’Institut tropical médical d’Anvers (IMT) ainsi que le Musée royal d’Afrique centrale à Tervuren (MRAC).
Ces organismes ont établi des programmes de coopération académiques pluriannuels avec nombre d’institutions d’enseignement supérieur congolaises. A titre d’illustration, ARES collabore de longue date avec l’UNIKIN et UNILU, tandis que VLIRUOS s’est historiquement investie auprès des universités de Kisangani et de Bukavu.
Ces programmes de soutien académique comportent bien entendu des chapitres relatifs aux bourses d’études. Dans ce cadre de coopération académique liant toutes ces entités, des dizaines de bourses sont décernées chaque année en RDC. On peut citer quelques-unes avec des chiffres précis. Pour ARES et VLIR, nous sommes sur une moyenne de 20 à 30 bourses décernées par année.
Pour MRAC et IMT, les chiffres sont plus modérés car il s’agit ici de structures plus spécialisées. Elles ne sont ouvertes qu’aux doctorants dans des matières et branches bien précises. Le MRAC n’octroie qu’une dizaine de bourses par an par exemple.
Dans la même veine, il faut rappeler que dans un passé récent, il y a eu un programme intéressant dénommé « Programme de renforcement de capacités organisationnelles par l’octroi des bourses», PRECOB, qui visait à permettre certaines personnes au sein de l’administration publique congolaise de faire le voyage en Belgique pour renforcer leurs capacités. Un autre volet intéressant de ce programme a consisté à permettre à certains doctorants et chercheurs congolais de parachever leurs études en Belgique pour répondre au problème de la relève qui s’est posé à la suite de la Covid-19 vu le nombre de décès enregistrés parmi les professeurs d’université. Sur cette question de bourses, il y a des frustrations connues autour du nombre de candidats aux études à l’étranger. Il se pose un problème financier, car il faut avoir les moyens de s’installer et de s’inscrire dans une institution d’études supérieures en Belgique. Avec une telle inscription, il faut franchir la deuxième étape du visa. Il convient de préciser que, pour étudier en Belgique, on n’a pas forcément besoin d’une bourse. On peut aussi y aller personnellement.
En dehors de mécanismes institutionnels que je viens de mentionner , nous appuyons aussi l’ENA depuis une dizaine d’années. On parle quand-même d’une vingtaine voire une trentaine d’énarques qui sont dans un programme appuyé par la Belgique et il faut inclure le stage en Belgique de ces énarques dans des services publics belges, ministères ou institutions publiques. On est en train d’envisager la collaboration de formation des diplomates. Par le passé, on a invité des jeunes diplomates de différents pays dont la RDC, à passer un stage en Belgique. Encore pour l’ENA, des professeurs et experts belges viennent donner cours aux énarques ici en RDC. Dans cette catégorie, certains énarques qui reviennent de stage pour occuper des hautes fonctions au sein de l’administration publique. Leurs témoignages à ce sujet sont éloquents. Certains sont des responsables de services gouvernementaux et d’autres de coordonnateurs.

CD : En termes de bilan concret, quelles sont les principales actions qui vous ont marquées ces douze derniers mois ?
EW :
Je vais prendre l’exemple du secteur de la formation socio-professionnelle. Les jeunes dans ce pays, comme partout ailleurs, aspirent à faire des études et décrocher un emploi valorisant. Ils pensent que pour cela, il faut nécessairement avoir un diplôme universitaire dans les secteurs classiques : ingénierie, médecine, droit et autres. En Belgique comme dans beaucoup d’autres pays, on observe une pénurie de gens bien formés dans les secteurs techniques et professionnels. Depuis un certain temps, la Belgique et d’autres acteurs s’investissent dans ces domaines pour rester en phase avec les réalités du marché de l’emploi. Pour chaque étape, il y a des investissements à faire : dans la formation, dans la création d’emplois et aussi auto-emplois (les gens qui peuvent créer eux-mêmes leurs emplois) et l’entrepreneuriat qui va créer plus d’emplois et rend l’action de notre investissement plus durable.
On comprend que ça ne sert à rien de faire des ateliers de coupe et couture ou de mécanique s’il n’y a pas d’emplois dans ces secteurs. La prochaine étape, c’est l’emploi. Mais, on se dit quel emploi ? Ce n’est pas toujours pérenne. Notre agence Enabel crée un environnement dans différents domaines pour former des jeunes et permettre aux institutions de formation et de techniques professionnelles, de profiter de cette facilité pour améliorer le niveau de formation. Il y a énormément d’investissements dans la digitalisation.
Dans les services du secteur privé, il y a Texaf. Il est en collaboration avec Kin-emploi. Le projet Enabel continue dans son programme quinquennal. Les acteurs du secteur privé et ceux du secteur public ont créé un environnement qui est assez unique à Kinshasa et pour la RDC, et qui a inspiré d’autres acteurs privés comme Orange qui est allé créer un centre numérique. On fait la même chose dans le secteur minier. On doit renforcer le secteur de formation professionnelle axé sur le secteur minier dans le Grand Katanga parce qu’il y a justement la demande de personnes bien formées.
Pour moi, un autre projet qui a gagné en visibilité et en résultats, et sur lequel nous avons beaucoup travaillé, est la santé. On parle de l’INRB et de l’IMT. C’est un secteur dans lequel on arrive aussi à bien collaborer avec les structures de l’Etat en termes de renforcement des infrastructures. Ce qui vise à s’inscrire dans la politique de l’Etat.
La Belgique est reconnue pour son action en santé dans les pays africains. Mais je crois que Kin-emploi et d’autres structures de formation ou d’entrepreneuriat comme au Katanga, même au Sud Ubangi où il y a une plantation privée de Miluna à Ngwaka, Enabel a pris le risque de travailler avec cette plantation sur base du principe du gagnant-gagnant, parce qu’ils ont des gens mieux formés et mieux encadrés. Même chose pour l’enseignement des jeunes, l’agriculture devient diversifiée. Il y a des filières agricoles qui se sont lancées grâce à l’appui d’Enabel. La bonne cohabitation entre les riverains et les travailleurs de la plantation est un atout. Le contraire créerait des conflits vraiment graves. La plantation gagne, Enabel et l’Etat congolais aussi. C’est le premier écosystème dans lequel la Banque européenne d’investissement est intéressée à contribuer pour désenclaver la zone non seulement en RDC, mais en direction de la Centrafrique et le Cameroun. Ça crée un écosystème qui déclenche des dynamiques de développement énorme. Là où parfois on investit beaucoup, mais les résultats sont moindres. Par contre ici, le retour est très considérable par rapport à l’investissement.
La Belgique joue un très grand rôle dans la coordination pour rendre l’action humanitaire toujours plus efficace, et toujours plus flexible, sans attendre et passer par des procédures rigoureuses pouvant rendre notre réaction lente devant des problèmes requérant une réaction immédiate. Dans l’action humanitaire, la force de la Belgique est d’aller dans les actions concrètes de terrain avec une expertise reconnue au niveau international.
La Belgique n’a pas le plus grand budget de coopération bilatérale, mais la RDC est notre premier partenaire. Pour la Belgique, les budgets qu’elle investit ici sont énormes.
On sait qu’il y a d’autres acteurs qui investissent plus. Nous essayons de faire la différence non seulement dans la quantité, mais aussi dans la qualité. Comme tout autre Etat-membre, la Belgique contribue au système multilatéral des Nations unies : Banque mondiale, FMI. Le plus souvent, même si on dépasse le cadre de développement et de l’humanitaire, la Belgique fait un effort énorme pour garder la RDC à l’agenda des Nations-unies. On sait tous que pour les Nations unies ou l’Union européenne, il y a une compétition pour les pays en conflits : il y a guerre en Ukraine, tout le monde regarde à l’Ukraine ; il y a la guerre à Gaza, tout le monde parle de Gaza et moins de l’Ukraine. On parle un peu de la RDC et puis ça retombe. Pour le Soudan, on en parle même plus. J’ai travaillé pendant quatre ans à notre représentation à New-York : je l’ai vécu de l’intérieur.
Notre administration au sein de ces arènes diplomatiques s’investit sans relâche pour porter l’attention de la communauté internationale sur la RDC, aussi bien à l’ONU qu’au sein des institutions européennes.
Parlant de l’UE, je sais qu’il y a une certaine amertume sur certaines positions de l’Union européenne. Je peux concevoir qu’elle peuvent se prêter à des interprétations contradictoires. Mais quand vous suivez de plus près, nous ne sommes pas d’accord avec les accords signés avec le Rwanda. Nous voulons plus d’attention pour la RDC, plus d’aide humanitaire, plus d’appuis. Aux Nations-unies, on le fait aussi. Pour des raisons humanitaires, on aide sans tenir compte de l’origine profonde de conflit.
Il y a des conflits qui doivent être gérés par le pays-même et d’autres qui sont de la responsabilité de la communauté internationale. En tant que tel, nous nous assumons. Durant les six premiers mois de cette année, la Belgique a occupé la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Au milieu de deux crises majeures : la crise en Ukraine et celle à Gaza, la Belgique a pris le pari de proposer que la crise en RDC soit mise en avant lors de cette grande messe de l’action humanitaire qui s’est tenue en mars 2024 à Bruxelles et où il a été question pour les participants de parler non seulement de la réponse humanitaire, mais aussi des perspectives de réponse à la crise en regardant ses causes profondes.
En outre, en termes d’actions concrètes, en janvier 2022 , nous avons été invités à visiter les cantines scolaires du PAM dans la province du Tanganyika pour voir ce qui se fait. Après la visite, l’ambassade a reconnu unanimement qu’il y a du potentiel avec ce programme. Les cantines scolaires ne consistent pas seulement dans la distribution de repas aux enfants, elles permettent d’atteindre aussi un grand nombre d’autres objectifs. Dans la majeure partie de cas, c’est le seul repas que ces enfants ont durant la journée. C’est un repas de qualité nutritionnelle acceptable pour nous assurer qu’ils mangent bien. Ça permet aussi de retenir les enfants à l’école et de lutter contre le recrutement des enfants dans les groupes armés et contre le mariage précoce pour les filles. Dans le contexte particulier de la province du Tanganyika, comme on le sait bien, il y a eu des affrontements entre les Bantous et les Ntua ces dix dernières années. Cette action permet de mettre l’accent sur la prévention en ce qu’elle est susceptible de faire travailler les deux communautés ensemble dans une logique de cohésion sociale car les parents contribuent notamment à la ration des enfants avec des légumes provenant de leurs jardins. Dans ce programme du PAM, 11.000 enfants bénéficient de repas scolaire tous les jours grâce à la contribution de la Belgique.

CD : Qu’en est-il de la convention sur la double imposition traitée entre la Belgique et la RDC en 2021 ? Quelle est la nature de cette convention par rapport à celle traitée en 2022 que vous avez évoquée précédemment ?
EW :
Il s’agit de deux choses différentes. La convention sur la double imposition est le fruit de discussions qui se sont déroulées depuis de longues années. C’est un accord entre les deux Etats sur le règlement des questions de double imposition. Ici, la commission mixte de 2022, c’est l’aboutissement d’un processus au cours duquel les deux gouvernements ont discuté par l’intermédiaire de leurs ministres respectifs de la coopération et qui se sont finalement accordés sur ce point.

CD : Monsieur le Ministre-conseiller, pourriez-vous nous parler de votre parcours professionnel jusqu’à aujourd’hui ?
EW :
Pour certains pays, pour devenir diplomate, il faut faire certaines études ou bénéficier de certains privilèges. Pour la Belgique, il faut avoir un diplôme de master dans n’importe quelle discipline pour devenir diplomate. Moi, j’ai fait Solvay Management School.
J’ai fait ce qu’on appelait dans le temps des études d’ingénieur commercial qui sont plutôt orientées vers le secteur privé et l’économie. Suite à mes études, j’ai plus ou moins fait tous les postes d’acteurs de coopération soit comme employé soit comme représentant. J’ai d’abord travaillé pour l’Office belge du commerce extérieur basé à l’ambassade de Belgique en Tunisie pendant un an. Puis, j’ai travaillé pour des ONG à partir de Bruxelles sur le Moyen Orient et l’Asie du Sud-est.
Enfin, j’ai été envoyé en poste au Cambodge où je faisais le suivi du Cambodge et Vietnam. En 2006, j’arrive en RDC comme Programme Manager de la CTB pour un nouveau grand défi. Contrairement à d’autres Belges qui ont des liens antérieurs avec la RDC, c’était ma première fois ici. Et j’ai beaucoup aimé. En 2008, l’Union européenne m’avait offert un poste au Caire en Egypte où j’ai passé deux ans. Après avoir passé le concours diplomatique en 2010 et au terme d’une année de formation, je reviens en RDC pour ma deuxième affectation dans le pays. De 2011 à 2014, j’ai donc travaillé comme diplomate à la section coopération à l’ambassade de Belgique à Kinshasa. Je m’occupais de toutes les matières relatives aux infrastructures. Trois ans et demi plus tard, je suis rappelé pour travailler au cabinet, car un nouveau gouvernement était mis en place. Le Vice-premier ministre, Alexander De Croo, notre actuel Premier ministre, cherchait un profil avec expérience de terrain. C’est ainsi qu’on m’a demandé de retourner en Belgique pour une période de quatre ans. Par la suite, je suis devenu Ministre-conseiller et chef de développement au sein de notre représentation permanente à New York, incluant les Agences, Fonds et Programmes. Après New York, je suis revenu en RDC comme Ministre-conseiller, Chef de coopération. J’ai accumulé huit ans au Congo sur une période de 10 ans. J’ai vécu les trois élections, ici, depuis 2006.

CD : Qu’est-ce que ça fait d’être nommé Ministre-conseiller, Chef de coopération en dépit de tous ces faits sociaux qui caractérisent la RDC ?
EW :
On dit toujours que le diplomate a le devoir de l’optimisme. Sinon, on ne peut pas continuer dans cette carrière. De nombreux pays à travers le monde connaissent des situations difficiles, caractérisées par la pauvreté, l’insécurité, et les conflits. La RDC a un énorme potentiel, mais ce potentiel n’est pas encore entièrement révélé du fait de ces problèmes.
Le nombre de zones affectées par l’insécurité est en augmentation, surtout à l’Est du pays. La population a doublé, mais les infrastructures ne suivent pas. L’urbanisme et l’assainissement de la ville ne suivent pas. Être posté à Kinshasa comme diplomate, c’est très riche en expérience. Pour la diplomatie belge, ce pays est l’un de nos principaux partenaires. On doit garder notre attachement historique entre les deux peuples.
Pour que nos actions suivent, on doit avoir une bonne gestion politique au niveau du pays. Enfin, ce que j’aime par-dessus tout c’est qu’en RDC, les interlocuteurs, jusqu’au sommet des institutions, apprécient le dialogue franc.

CD : Monsieur Éric Willemaers, merci de nous avoir accordé le temps pour cette interview importante pour notre édition dédiée à la coopération belgo-congolaise
EW :
merci beaucoup

Propos recueillis par Gomer Oleko
















Editeur, Gomer Oleko est Directeur de la Publication du magazine Congodiplomatie depuis sa création en 2015. Soucieux de redorer l'image de la République démocratique du Congo à l'étranger, il est également producteur d’un documentaire sur les villes congolaises. Reconnue comme expert diplomatique, il organise des vernissages diplomatiques à chaque parution d’un numero du magazine Congodiplomatie avec comme Invités spéciales: l'Ambassadeur du pays dédié et l’Autorité congolaise du secteur de la diplomatie. Il est également Co-organisateur du Forum bilatérale sur la promotion de la coopération culturelle et scientifique (Fprocs). Monsieur Oleko est Fondateur et Directeur général de Blims Media, une société d'édition et de promotion internationale - exposant dans les grands Salons internationaux du livre. Il est diplômé en Relations internationales, avec plusieurs formations, notamment en Media & diplomatie, édition numérique, marketing digitale.

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