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Entretien avec Johnny Mfinda, Banquier, Entrepreneur et ancien étudiant Congolais en Chine

Les conséquences socio-économiques de la Covid-19 en RDC, l’aide des partenaires et les relations Sino-congolaises.


Publié en Septembre 2020

Congodiplomatie: Bonjour Monsieur Mfinda et merci d’accepté de partager à nos lecteurs vos analyses sur les conséquences socio-économiques de la Covid-19 en République démocratique du Congo. Avant de commencer, pouvez-vous dire à nos lecteurs qui vous êtes?

Johnny Mfinda: Merci pour l’invitation. Je suis Johnny Mfinda, banquier de profession, Internationaliste de formation, Entrepreneur et ancien président des étudiants Congolais en Chine.

CD : Que pensez-vous de la pandémie Coronavirus qui a pratiquement mis parterre l’économie mondiale ?

JM : C’est comme une force de la loi naturelle. Dans l’histoire, on a eu à connaitre ces genres des pandémies, dans des années 1920, et tout récemment en 2003 en Chine. Aujourd’hui, cela ne devait pas étonner le monde. C’est la mauvaise gestion de l’humanité par l’homme. Je pense à mon regretté père qui a parlé de la troisième guerre mondiale sans feu. C’est réellement une troisième guerre mondiale où il y a des gens qui meurent à un rythme exponentiel, qui étonne. Une pandémie qui ravage le monde, qui change les habitudes humaines où il faut être tout le temps en masque ; se laver les mains à chaque fois. Il y a lieu de faire face à cette pandémie qui se déplace des zones à d’autres. Il y a des zones qui sont, vue de développements économiques, préparer à y faire face, mais il y a des zones qui n’y sont pas, je pense en Afrique, l’économie ne nous permet pas à faire face à cette pandémie qui nécessite beaucoup des moyens, des technologies. Rappelez-vous quand cette pandémie a débuté, la Chine, en 10 jours, a eu à construire deux hôpitaux de très grandes infrastructures pour y faire face, que l’Afrique ne peut pas. Cette pandémie est mortelle, elle existe et c’est à nous d’être sérieux dans ce que nous faisons pour essayer d’aider cette population à éviter la mort.

CD : En tant qu’Analyste politique et ancien Etudiant en Chine, savez-vous comment la Chine a réussi à gérer aussi vite cette crise sur son sol ?

JM : Il y a certains qui disent que ce virus a été créé par l’homme, d’où des pays étaient assez préparés à y faire face. Qu’à cela ne tienne, la gestion en Chine, on a tous vu qu’elle était presque parfaite parce que, si vous voyez bien, c’était une zone qui a été touchée, Wuhan une ville au centre de la Chine, mais très vite, le virus a été contenu, et il se déplace de Wuhan pour aller vers l’Europe, sans toucher les régions à côté. Peut-être, il y a des gens qui avancent des théories que le virus a été créé par l’homme et que la Chine savait, voilà pourquoi elle a fait face parfaitement à ce virus par rapport à d’autres pays qui n’étaient pas préparés. Le plus important pour nous, c’est d’arrêter l’hémorragie, voir tous ces morts, dérange quelque part l’humanité, nous devons trouver des moyens pour y mettre un terme, au lieu de pointer du doigt à l’un ou à un autre pour ce désastre planétaire qui se passe.

CD : Plusieurs pays développés mobilisent des moyens pour soutenir les pays en difficultés comme la RDC. Savez-vous comment est repartie cette aide en RDC et surtout, à qui profite réellement cette aide ?

JM : Je pense que nous sommes dans un pays sérieux, ou on devait l’être. Si nos partenaires nous viennent en aide, c’est pour effectivement se diriger vers un besoin, et le besoin est là. Le besoin sanitaire : les hôpitaux que nous devons mettre en place. Alors, si cet argent est dévié, je pense que c’est à la justice de faire son travail. Mais à ce niveau, je ne saurais dire où va effectivement cet argent parce que pour nous, ceci devait être destiné à résoudre un besoin réel. Je ne saurais pas commenter sur la répartition de cet argent, je pense que nous sommes un Etat sérieux et que cet argent doit servir à un besoin.

CD : Au Senat, devant ses Collègues, le Sénateur Matata Ponyo a dit qu’il est possible que la crise économique persiste jusqu’en 2021 parce que le pays ne produit pas comme d’habitude, suite à la Covid-19. Quel est votre commentaire ?

JM : Quand j’ai suivi l’intervention de l’Honorable Matata Ponyo au Senat, Premier ministre honoraire pendant près de 5 ans, j’ai vite pensé que ses propos doivent être pris au sérieux. Il a dit qu’en 2019, on était en déficit de 600 milliards FC (± 300 millions USD), et qu’en 2021, espérons que cela soit pire. D’abord parce que les entreprises clôturent les années fiscales au 31 mars de l’année, et c’est en avril que les entreprises doivent payer les impôts sur les bénéfices. Alors que cette année, les entreprises ne tournent presque pas. Gombe est le centre névralgique du pays, il est confiné. Il y a les entreprises qui ne tournent plus. Alors, qu’est-ce que l’Etat va récolter en 2021 ? Je pense qu’il a totalement raison. C’est vrai que la pandémie y est, mais on ne peut pas se focaliser que sur ça en oubliant le volet économique. On doit trouver des moyens de faire l’équilibre entre cette pandémie et l’économie, sinon, on ne va peut-être pas mourir du Coronavirus, mais on mourra de faim. Je pense que l’Honorable Matata a été claire et limpide. Il a dit des choses qui m’ont inquiété et cela nécessite une réflexion. Trouver l’équilibre entre les deux, sinon, ce serait la catastrophe. Si les gens sont encore calme face à cette pandémie, mais croyez-moi, face à la faim, l’année prochaine, ce serait compliqué.

CD : Quel est votre regard en tant qu’Internationaliste sur le Pont aérien humanitaire de l’Union Européenne ?

JM : J’aimerais beaucoup comprendre les tenants et les aboutissants de ce pont aérien. C’est bien si c’est de l’assistance humanitaire. L’Europe est un partenaire traditionnel qui est en Afrique depuis très longtemps.

Pour moi, les pays développés ont le devoir moral de venir en aide aux pays en voie de développement. On ne serait pas en train de quémander parce que l’Europe a aussi besoin de l’Afrique en bonne santé. C’est une population vieillissante. Pour moi, c’est un geste normal, un geste humanitaire que l’Afrique aussi fait ailleurs. On ne peut que dire merci à ceux qui nous viennent en aide.

CD : Vous avez fait vos études en Chine. Comment décrivez-vous à ces jours, les relations entre la RDC et la Chine ?

JM : Ces sont des relations à améliorer parce que, si nous prenons le cas de l’Afrique, c’est-à-dire les relations Sino-Africaines, la Chine a six partenaires principaux : l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Soudan, l’Angola, l’Ethiopie et le Nigeria. Or, la Chine a grandement besoin de l’Afrique pour ses minerais, ses bois, son pétrole, et la Chine a eu aussi besoin de l’Afrique dans un volet diplomatique. Rappelez-vous qu’en 1971, la Chine a eu besoin de l’Afrique pour avoir une place aux Nations Unies.

Parlant de la RDC, vous vous rappelez de la rencontre du Président Mobutu et Mao Zedong, des rencontres fortes diplomatiquement. Donc, on entretien des très bonnes relations, mais des relations à améliorer. Et avec cette pandémie, je pense que la RDC est une réponse à l’humanité parce qu’aujourd’hui nous commençons tous à tourner vers l’Agroalimentaire. La Chine a besoin aussi de l’agroalimentaire. Sachez qu’elle a eu à créer, en Afrique, les parcs industriels, mais pas encore en RDC. Dans les investissements chinois, jusque-là, il n’y a eu que 2,5% qui est réservé à l’agriculture parce qu’on ne manifeste pas l’intérêt. Les chinois mangent presque tout ce qu’on trouve en RDC, comme le maïs. Donc nous pouvons aussi exporter, et dans nos échanges commerciaux, fournir à la Chine des besoins en fruits et des légumes, pas seulement les minerais.

C’est vrai que la Chine est en Afrique depuis très longtemps pour le cuivre, rappelez-vous en 1973, la Chine a entrepris un très grand projet qui s’est terminé en 1976, de relier Lusaka et Dar-es-Salaam par voie ferrée. C’était pour éviter d’abord de ramener les cuivres vers le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. Alors, ils devaient exporter le cuivre par la Tanzanie, c’était des très grands projets infrastructurels. C’est vrai que la RDC a besoin d’infrastructures, mais on peut aussi se déployer, au-delà des cuivres et des bois que nous exportons vers la Chine, et concentrer nos forces sur l’Agriculture. Aujourd’hui la RDC dispose de 80 millions d’hectares des terres arables. Ce potentiel que nous avons, on ne le trouve pas au Soudan, en Lybie ou en Zambie. On peut améliorer nos relations avec la Chine, également par l’agriculture, parce que nous ne sommes pas parmi ses partenaires principaux. Vous savez, la Chine est partie de 12 milliards à 210 milliards $us des échanges commerciaux entre 2000 et 2013, mais la RDC n’en profite presque pas. À travers le Sommet du FOCAC, sur des rencontres interministérielles, nous devons comprendre les besoins chinois en termes d’agriculture, c’est le moment.

Nos relations se portent bien, traditionnellement, c’est-à-dire j’ai besoin de ta chemise et peut-être tu as besoin de ma cravate, mais seulement on doit aller, au-delà de cela : identifier les vrais besoins et pourquoi ne pas répondre.

CD : Votre dernier mot

JM : Nous traversons un moment très pénible, une année difficile. Je dis aux familles qui ont perdu leurs proches à cause de cette pandémie, gardons espoirs, ayons confiance en nos hommes de science, et souhaitons que le vaccin soit rapidement trouvé pour arrêter cet hémorragie. Je pense que cette période qui dévaste le monde, passera de sitôt. Aussi, à nos frères et sœurs de l’Est qui ne cessent de pleurer, je ne cesse de penser à vous. Beaucoup de courage, je pense que cette humiliation prendra fin un jour.

Propos recueillis par Gomer Oleko



Gomer Oleko est Editeur et Directeur de la Publication de Congodiplomatie magazine qu'il a fondé en 2015. Soucieux de redorer l'image de la République démocratique du Congo à l'étranger, il est également producteur d'un documentaire touristique sur les villes congolaises. Reconnue comme expert diplomatique, il organise des vernissages diplomatiques pour chaque parution du magazine Congodiplomatie avec comme Invités spéciales, l'Ambassadeur du pays dédié et une Autorité congolaise du domaine de la diplomatie. Il est également Co-organisateur du Forum bilatérale sur la promotion de la coopération culturelle et scientifique qu'il organise avec les Ambassadeurs Congolais à l'étranger. Monsieur Oleko est Directeur général de Blims Media, une société d'édition et de promotion internationale présente dans les plus grands salons internationaux du livre. Il est diplômé en relations internationales.

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