Entretien avec Cédric Longange, Président de la Chambre de commerce congolaise en Grande-Bretagne
Publié en décembre 2022
Congodiplomatie Magazine : Monsieur Longange, Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Dites-nous, la Chambre de commerce Congolaise en Grande-Bretagne, c’est quoi exactement ?
Cédric Longange : En premier lieu, je tiens à remercier infiniment Congodiplomatie Magazine de m’accorder cette interview aujourd’hui.
La vision de la Chambre de Commerce Congolaise en Grande Bretagne (CCCGB) est d’établir un pont entre la RDC et le Royaume-Uni dans le commerce, les investissements et les affaires, tout en étant apolitique. Basée sur sa vision, la CCCGB incite les investisseurs du Royaume-Uni à investir en RDC. Elle stimule une situation gagnant-gagnant où les investissements profitent non seulement aux investisseurs au point de vue d’un retour sur investissement élevé mais surtout à la RDC en termes de développement et de responsabilité sociale des entreprises (RSE).
L’objectif principal est de soutenir le gouvernement congolais en attirant des investissements qualitatifs du Royaume-Uni vers la RDC. Cela entre dans la vision du Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de créer un environnement économique favorable au développement de la RDC.
Accompagnant l’Ambassade de la RDC basée à Londres, la CCCGB vise à servir de point de contact ainsi que de soutien stratégique pour les investisseurs du RoyaumeUni qui ont l’intention d’entrer sur le marché de la RDC. Le résultat serait un engagement efficace et efficient entre les acteurs économiques des deux pays. Faciliter les opportunités d’affaires pour les investisseurs aiderait en même temps la population locale (création d’emplois, d’infrastructures, etc.)
CD : Vous êtes à la tête de cette organisation depuis 2017. Quelles sont vos réussites, mais aussi, les difficultés que vous rencontrez ?
CL : En effet, il y a maintenant 5 ans, l’initiative nous était venue de mettre en place la CCCGB avec 2 bras principaux à savoir : La CCCGB Investissements, consacré à attirer les investisseurs basés au Royaume-Uni vers la RDC. Et la CCCGB Hub, fédérant et assistant les entrepreneurs congolais du Royaume-Uni.
À travers l’organisation de divers événements, séminaires et conférences, aussi bien qu’en présentiel qu’en ligne, les équipes CCCGB Investissements et CCCGB Hub créent des opportunités d’informations, d’accompagnements, de formations et de rencontres pour les investisseurs et les entrepreneurs afin qu’ils trouvent une source de développement et de croissance pour leurs affaires.
La Chambre a organisé et activement participé à plusieurs activités dont les thèmes ont été centrés sur les investissements. Certaines de ces activités ont été organisées avec des partenaires internationaux tels qu’Invest Africa, l’Ambassade de la RDC au Royaume-Uni, le Ministère du Commerce International Britannique, Hub Africa, Kinshasa Digital, Africa Business Chamber, UKCEBS, etc.
Nous avons aussi facilité l’adhésion officielle et définitive de la RDC à l’Africa Finance Corporation (AFC), institution financière multilatérale qui va aider le Congo à répondre aux besoins en infrastructures, ayant une expertise dans des secteurs clés prioritaires comme : l’énergie, le pétrole, le gaz, le transport, les télécommunications, l’exploitation minière et l’industrie lourde.
Les principales difficultés que nous avons rencontrées sont celles communes à toutes les organisations (auto-financement, imprévus, prises des risques, Covid-19, etc.)
Mais nous avons su les surmonter et continuons à mettre tout en œuvre pour accomplir notre mission.
CD : On a parfois l’impression que le Royaume-Uni ne semble pas s’intéresser à investir en RDC, qu’en pensez-vous ?
CL : Historiquement, le Royaume-Uni a été lié aux pays du Commonwealth dont la RDC n’a jamais fait partie. Le but du Commonwealth était justement de booster les volumes d’investissements entre ses membres.
Le Royaume-Uni a certes des relations diplomatiques très développées avec la RDC cependant le volet économique nécessite une amélioration. Nommé récemment comme Envoyé Commercial du Premier ministre britannique en RDC, Lord Popat of Harrow est très enthousiaste à l’idée de développer les affaires entre les deux pays. Il a confirmé que le Royaume-Uni est disposé à collaborer dans ce sens avec la RDC.
Il aimerait reproduire ce qu’il a accompli en tant qu’Envoyé Commercial au Rwanda et en Ouganda au cours des quatre dernières années où il a quintuplé le volume des échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et ces deux pays. Il a les mêmes objectifs pour la RDC. Cela peut commencer par l’établissement d’une ligne aérienne directe Kinshasa-Londres par exemple.
La City de Londres est l’une des premières places financières mondiales comptant plus de 350 banques sur son territoire. Elle est aussi le siège du Royal Stock Exchange of London, 3ème place boursière du monde, première d’Europe en volume et en valeur de transactions, avec plus de 500 milliards de dollars par jour. Elle domine surtout les secteurs du commerce et de l’assurance (première place mondiale).
Il y a 5 millions d’entreprises établies au Royaume-Uni. La saturation du marché intérieur ainsi que le Brexit peuvent ralentir leur croissance. La CCCGB les incite à étendre leurs activités vers ce grand marché qu’est la RDC en créant des partenariats avec des entreprises congolaises.
Ce qui attire les investisseurs dans tout pays, c’est avant tout un climat des affaires sain, transparent et fluide. Dernièrement, la RDC a lancé des réformes visant à renforcer la gouvernance dans la gestion des ressources naturelles et améliorer le climat des affaires. Bien qu’elle reste classée dans la partie inférieure du rapport Doing Business de la Banque Mondiale, elle est perçue comme une destination intéressante pour faire des affaires. Comme en témoignent les résultats du récent sondage d’Africa CEO Forum : la RDC figure dans le Top 10 des pays africains les plus attractifs aux investissements.
Dans son dernier rapport, l’agence de notation Bloomfield investment corporation a relevé une amélioration de la notation souveraine de la RDC, celle-ci s’établissant, en monnaie locale, à «BBB» (note d’investissement à risque modéré) avec une perspective stable, à long terme et la note A2 (note d’investissement) avec une perspective stable) à court terme.
CD : Quelles sont dans ce cas, les entreprises britanniques, Congolo-Britanniques présentes en RDC, et aussi, quels sont les produis made in Britain qu’on trouve en RDC ?
CL : Il y a des entreprises britanniques qui sont présentes dans différents secteurs de la RDC.
Par exemple, dans le secteur du consulting et de l’audit, nous avons des compagnies comme EY (Ernst &Young) et PWC (PricewaterhouseCoopers).
Dans les télécommunications, il y a Helios Towers et Vodafone Group PLC (au travers de sa filiale Vodacom).
Dans les mines, nous avons des entreprises comme ARC Minerals Ltd, Armadale Capital Plc, Randgold Resources, Ridge Mining PLC et Glencore (qui est anglosuisse).
Dans le secteur de la distribution, nous consommons un certain nombre de produits ‘Made in Britain’ qui sont considérés comme de meilleure qualité. En effet, les produits fabriqués au Royaume-Uni sont perçus comme sûrs et qui valent la peine de payer plus pour s’en procurer car ils sont bien manufacturés.
CD : Un conseil aux entreprises qui souhaiteraient devenir membres de la chambre de commerce en Grande Bretagne et quelle procédure à suivre ?
CL : Pour se développer à l’international en RDC comme au Royaume-Uni, les entreprises congolaises ainsi que Britanniques devraient se joindre au travers d’une structure commune formelle. Notre chambre de commerce se veut être cette structure dont l’effet principal est de créer des synergies entre les entreprises des deux pays et ainsi attirer les investissements basés au Royaume-Uni vers la RDC. Des millions de dollars ont été dépensés pour l’aide à la RDC depuis l’indépendance, sans nécessairement produire l’impact espéré. Les réseaux organisés comme notre chambre de commerce pourraient être le chaînon manquant.
Pour rejoindre la CCCGB, les entreprises intéressées peuvent nous contacter via : Notre site web : www.cccgb.org
Notre courriel : info@cccgb.uk
Nos adresses physiques : Londres: 27, Old Gloucester Street, London WC1N 3AX, United Kingdom
- Kinshasa : 130A Bd du 30 Juin, Suite 5D, Sanash – Gombe, RDC
Nos numéros de téléphones : +44(0)7944240644 (WhatsApp); +44(0)7972 665927 (WhatsApp); +243(0)899317302 (WhatsApp)
+44(0)20 8720 6885 (Standard)
CD : Autre chose ?
CL : Comme je l’ai mentionné avant, au Royaume-Uni, il y a près de 5 millions de compagnies dont 99% sont des petites et moyennes entreprises (PME) y compris les entrepreneurs individuels. En RDC, nous n’avons qu’à peu près 40.000 entreprises. Or, l’entreprenariat est le poumon de l’économie.
Nous pouvons nous inspirer des actions similaires à celles associées au succès du Royaume-Uni sur ce point de vue :
- La rapidité de création et d’enregistrement des entreprises en moins de 24 heures.
- L’allègement du poids fiscal pour inciter la formalisation des entreprises. Le taux des taxes au Royaume-Uni est l’un des plus attractifs des pays de l’OCDE.
- Un soutien du gouvernement aux entreprises qui démarrent et aux entrepreneurs dont l’accès à des programmes de mentorat et de financement en travaillant avec le secteur privé.
- Un support gratuit qui comprendrait l’aide à développer des business plans, comment présenter son projet d’entreprise aux investisseurs, des conseils sur la façon de se développer à l’international, etc.
- Un encouragement des jeunes à découvrir l’entrepreneuriat comme option de carrière.
- Le gouvernement britannique a même des programmes d’aide aux entrepreneurs étrangers et aux entreprises technologiques ou les start-ups qui souhaitent délocaliser leur entreprise au Royaume-Uni.
Toute cette panoplie d’actions pratiques est nécessaire pour accompagner l’esprit d’entreprise dans notre pays afin de nous garantir un développement économique soutenue et durable pour le bien-être de tous.
CD: Monsieur Longange, je vous remercie
CL: C’est moi qui vous remercies.
Propos recueillis par Gomer Oleko




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