Entretien avec S.E. Miroljub Jevtic, Ambassadeur de Serbie en RD Congo
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a effectué une visite d’État de 48 heures à Belgrade, en Serbie, du 27 au 29 novembre 2025. Ce déplacement stratégique répondait à l’invitation de son homologue serbe, Aleksandar Vučić. Il fait suite aux premiers échanges amorcés en septembre 2024 lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Accompagné de la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi, le chef de l’État congolais a jeté les bases d’un partenariat renouvelé entre Kinshasa et Belgrade. Le couple présidentiel a été accueilli à l’aéroport Nikola Tesla par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur serbe, Ivica Dačić. Le lendemain, la cérémonie officielle s’est tenue sur le parvis du Palais de Serbie. Le président Tshisekedi y a reçu les honneurs militaires complets : Tapis rouge réglementaire ; Exécution des hymnes nationaux par la fanfare militaire ; Revue des troupes de la Garde d’honneur des forces armées serbes.
Après un entretien en tête-à-tête entre les deux présidents, les délégations ministérielles se sont réunies en session plénière. Les discussions ont abouti à la signature de quatre protocoles d’accord stratégiques visant à diversifier les alliances économiques de la RDC.
L’agriculture : Partage d’expertise technologique serbe pour stimuler la production congolaise ; La défense et la sécurité : Accords de coopération militaire et lutte conjointe contre la criminalité transnationale ; L’éducation et la jeunesse : Octroi de bourses d’études et programmes d’encadrement ; La santé et les infrastructures : Partenariats techniques pour le développement sanitaire.
Pour plus de détails sur ces accords, votre magazine Congodiplomatie est allé à la rencontre surplace à Belgrade, des Messieurs les Ambassadeurs de la République démocratique du Congo à Belgrade et de la République de Serbie à Kinshasa qui ont accepté de répondre à l’Interview dont la lecture devient impérieuse.
Congodiplomatie : Excellence ! Merci de répondre à notre questionnaire en nous accordant cet entretien sur les questions diplomatique et de coopération bilatérale entre la Serbie et la RD Congo. Récemment le Président Félix Tshisekedi a visité Belgrade sur invitation de son homologue serbe. Que pouvons-nous retenir de cette visite ?
S.E. Ambassadeur Miroljub Jevtic: Avant mon arrivée au Congo, il y a des évènements qui s’y sont déroulés et qui me sont rapportés par le Président de mon pays. Sur base de ces faits, mon Président m’a assigné une mission officielle pour faire bénéficier au Congo les atouts de mon pays, car la RDC est un pays stratégique. C’est pour cela que nos deux pays ont décidé de mettre en place des rapports stratégiques. C’est une deuxième visite après six ans que Son Excellence Félix Tshisekedi a consenti à venir en Serbie et ce, malgré son agenda très chargé. Cette dernière visite a eu pour objectifs de formaliser et renforcer les rapports diplomatiques. La visite du Président Tshisekedi a été accompagnée par une délégation considérable venue de Kinshasa dans laquelle on pouvait facilement identifier la première Dame, les Ministres et les vice-Ministres. Les objectifs de cette visite étaient réels ; car elle s’est soldée par la signature de quatre accords dans quatre domaines différents. L’accord de coopération le plus important est celui conclu entre les deux ministères de l’intérieur et affaires coutumières qui étaient représenté du côté congolais par Jacquemain Shabani. Le deuxième accord est le mémorandum d’entente où vont se traiter les questions de coopération entre les deux pays. Le troisième accord est celui qui porte sur l’Académie diplomatique. Enfin, il y a eu un quatrième accord dans le domaine de sport.
CD : Nous avons eu des entretiens avec quelques membres de la délégation du Président Tshisekedi à Belgrade. Ils nous ont confirmé que cette visite s’inscrit dans la cadre de renforcement de liens de coopération entre nos deux pays, l’aspect lié à l’éducation n’a pas été oublié. Qu’en dites-vous ?
A.M.J : On n’a pas signé d’accord dans le domaine de l’éducation, bien qu’on a beaucoup parlé de l’éducation. Mais cet accord verra jour prochainement. Vous savez qu’il y a un programme dénommé « le monde en Serbie » dans lequel beaucoup d’étudiants venant du sud obtiennent des bourses ! Cette année on a octroyé trente bourses aux étudiants congolais et on n’est pas prêt à nous arrêter à un si bon chemin. Je peux vous affirmer que nos universités sont bien équipées pour produire des meilleurs jeunes licenciés ; certains ayant la maitrise et d’autres le doctorat.
CD : Et dans le secteur des mines ?
A.M.J : Difficile de parler de la RDC sans faire référence aux mines. Je peux vous dire qu’il n’y a pas eu d’accord sur les mines pendant cette visite de deux jours. Peut-être qu’à la prochaine, il y aura un accord de coopération dans ce domaine parce que nous avons une très grande expérience dans l’exploitation minière avec le cuivre que nous avons et nous fait ressembler à la RDC. C’est qu’il faut relever est que les chinois sont les plus grands investisseurs au Congo et sont également investisseurs en Serbie avec beaucoup de mines. Ce facteur peut aussi faciliter la coopération entre les deux pays. J’espère que l’on pourra faire quelque chose de considérable.
CD : Nous avons vu le Vice-Premier ministre serbe de l’intérieur très actif et son homologue de la RDC. Que pouvons-nous comprendre de cette présence remarquable de deux personnalités et cette rencontre s’inscrit dans quel cadre ?
A.M.J : Le cadre juridique de celui-ci est la lettre d’intentions de coopération entre les deux ministères. C’est cela même la base parfaite sur laquelle on peut commencer une coopération. C’est quelque chose se rattachant à la sécurité nationale sans oublier qu’il y a déjà eu un accord de coopération de la défense entre les deux ministères de la défense nationale de deux pays. A l’accord en matière de défense, on a ajouté la dimension de la sécurité intérieure. Notre vice-Premier Ministre de l’Intérieur était très actif du fait de son expérience acquise dans d’autres portefeuilles par lui assumés et de son intelligence très élevée. Ces accords ont abouti à des échanges dans le domaine de la défense. Cette coopération entre les ministères de l’Intérieur est très bénéfique, car nous avons des unités spéciales formés en Serbie, et qui connaissent les méthodes internationales prêtes à les appliquer, si les Congolais décident d’inviter nos spécialistes pour s’entrainer, former et échanger des expériences sur l’application des méthodes indispensables à la sécurité.
CD : La Vice-ministre congolaise des Affaires étrangères, Noëlla Ayeganagato a signé deux Mémorandum d’accords entre nos deux pays, portant notamment sur les consultations politiques permanentes, le renforcement de la coopération bilatérale, mais, ce qui nous a plus intéressés c’est ce Memo d’Entente entre les deux Académies diplomatiques. Peut-on en savoir un peu plus ?
A.M.J : Dans ce sens-là, il y a des choses habituelles : Envoyer quelques membres de votre ministère des Affaires étrangères qui sont étudiants à l’Académie diplomatique. Ils peuvent venir assister aux cours que l’on donne, ici, à Belgrade et on peut aussi envoyer les étudiants qui sont dans notre Académie diplomatique pour des échanges dans votre Académie diplomatique. Ces échanges peuvent aussi concerner l’envoi des enseignants de notre Académie pour dispenser des modules dans l’Académie diplomatique de Kinshasa et vice-versa. Je suis Professeur de Sciences Po et fondateur de nouvelles sciences. J’ai proposé au vice-Ministre que je puisse donner un cours aux étudiants de l’Académie diplomatique du Ministère congolais des Affaires étrangères ; elle m’a dit que dès je rentre au Congo, on doit se voir pour organiser cela. C’est le chemin habituel. En dehors de cela, on peut trouver d’autres mécanismes qui peuvent renforcer nos rapports.
CD : En 2027, Belgrade va accueillir une exposition universelle. Notre Ambassadeur en poste à Belgrade nous a informés que la RDC sera de la partie. En prélude de cet événement, Blims Média, éditeur du magazine congododiplomatie est en partenariat avec le ministère des Affaires étrangères et celui de la Culture du Congo pour organiser un forum diplomatique sur la culture en janvier 2026 au Centre culturel de Belgrade. Pouvez-vous nous parler davantage de l’Expo Belgrade 2027 ?
A.M.J : C’est un projet très important étant donné que c’est une exposition mondiale. Je peux vous l’avouer que ce n’était pas facile d’obtenir l’organisation de cette activité, car nous avons battu les espagnols et les américains. Cela met en évidence l’influence que la Serbie a dans le monde. Ce sera l’une des grandes Expositions au monde avec 130 Etats participants et organisations. Le Congo aura un espace au centre des expositions où vous pourrez exposer tout ce qui se rapporte à votre pays. Cela permettra une bonne visibilité du pays pour tous ceux qui seront à l’Expo et cela traduira le plus grand respect que nous avons pour la RDC. C’est une grande publicité que nous ferons pour la RDC, car tous les grands médias mondiaux seront sur place. Permettez-moi de vous rappeler un fait d’il y a dix ans où les autorités compétentes de la RDC ont décidé de faire un don d’un lingot d’or et d’un Okapi. Vous devez savoir que l’Okapi est une espèce très rare.
J’espère que cette fois-ci on aura l’occasion d’avoir ces okapis avant l’Expo. Notre jardin zoologique remplit toutes les conditions requises pour les accueillir étant donné que l’Okapi est un animal fragile. Vous comprenez la raison fondamentale d’aménager un espace au centre de l’Expo qui sera bien préparé pour ce besoin d’Okapi.
CD : Monsieur l’Ambassadeur ! En mission à Belgrade, j’ai côtoyé quelques citoyens serbe et fait des amis qui, semblent ne rien savoir jusqu’à présent du Congo. La visite du Président a suscité en eux de l’intérêt pour connaitre mon pays. J’ai vu votre homologue britannique en RDC, l’Ambassadeur Alyson King s’investir pour le café congolais afin de l’épargner de la forte taxation du droit douanier sur le territoire britannique. Comment décrivez-vous les relations commerciales et économiques entre Belgrade et Kinshasa ?
A.M.J : C’est très important de le souligner : notre histoire avec le café a commencé dans les années 1960 avec le Brésil ou la Colombie. Le café congolais est presque méconnu mais c’est un café extraordinaire.
Du point de vue économique, on peut parler de la coopération stratégique sur le café. A côté du café colombien et celui du Brésil, on peut créer un centre commercial du café de la RDC qui sera au centre des discussions pas seulement avec la Serbie, mais également avec les pays qui nous sont voisins. Je pense qu’un partenariat similaire peut aussi porter sur le cacao de la RDC. Ce qui peut vous amener à être un des grands producteurs du cacao, comme la Cote d’Ivoire ! C’est ce que nous pouvons faire pour le Congo, car notre industrie dans l’alimentation est très développée.
Nous pouvons exporter au Congo notre production dans l’alimentation.
Autre chose, chez nous, on a des liqueurs que l’on ne connait pas au Congo. Nous appelons cela « l’eau de vie ». Tous mes amis congolais aiment quand je leur offre cette boisson qui se bonifie davantage avec le temps. Le seul défi avec cette boisson, c’est son transport vers le Congo.
Nous pouvons avoir une bonne coopération dans le domaine de l’alimentation. Nous avons un Institut du maïs qui a déjà 100 ans d’existence et qui s’occupe de maïs de qualité. Cet institut a gagné beaucoup de prix dans la majorité de foires d’agriculture. On peut aider le Congo à devenir un pays exportateur de maïs et non importateur que nous voyons aujourd’hui. Nous pouvons continuer à œuvrer dans ce sens pour espérer profiter au maximum de notre coopération.
CD : Monsieur l’Ambassadeur ! Vous avez une posture pédagogique lorsque vous communiquez. Notre grand lectorat ne vous connait pas mieux malgré ce long parcours professionnel qui est vôtre. Pouvez-vous nous parler de votre parcours politique encore mieux diplomatique ?
A.M.J : Je suis politologue et Professeur de la Science politique. Je me suis spécialisé dans une matière nouvelle appelée « Science politique et religion ». Je suis reconnu au niveau mondial comme le géniteur de cette nouvelle discipline scientifique. Il suffit de taper sur un moteur de recherche les mots « politologie de religion », cela vous renverra directement à ma carrière. Ma matière devient très populaire, car la religion occupe une très grande place dans la vie du monde. Dans la vie sociale, je suis marié et père des enfants.
CD : Avez-vous quelque chose à ajouter pour clore cette entrevue ou émettre un vœu pour l’avenir ?
A.M.J : Je suis venu au Congo comme ami et j’ai envie d’y retourner comme un frère. Je suis venu au Congo parce que c’est important pour nous. Je me souviens des années 1960 quand il y avait la crise, à l’époque de Lumumba. J’entendais parler du Congo alors que je n’avais que 5ans. Ça faisait l’actualité à la radio et dans la presse écrite, car à l’époque la télévision était très rare, le Congo était toujours à l’actualité. Un de mes oncles a surnommé deux de ses fils Tshombe et Kasavubu. Et moi ai grandi avec Tshombe et Kasavubu pendant cinq ans sans connaitre réellement qui ils étaient, encore moins le Congo ni l’Afrique.
CD : Excellence Monsieur l’Ambassadeur, je vous remercie.
A.M.J : C’est moi qui vous remercie.
Propos recueillis par Gomer Oleko



